Nosferatu (1978)

(Titre original : Nosferatu, le Fantôme de la Nuit)

Film franco-allemand de Werner Herzog (1978)

Durée : 1 h 45 Avec : Klaus Kinski (comte Dracula), isabelle Adjani (Lucy Harker), Bruno Ganz (Jonathan Harker), Jacques Dufilho (le Capitaine), Roland Topor (Renfield)

Remake du film muet de Murnau (1922), ce “Nosferatu” est signé Werner Herzog et interprété par Klaus Kinski, son acteur fétiche. Avec, dans le rôle d’une victime du vampire de la nuit, Isabelle Adjani.

Au cours des années 70, Werner Herzog était l’un des cinéastes allemands qui assurèrent la renaissance du cinéma allemand outre-Rhin. Ce mouvement impliquait de renouer avec l’histoire tuméfiée d’un pays qui avait connu l’horreur du IIIème Reich. Mais alors que Fassbinder n’hésitait pas à explorer la mythologie nazie, tout en la dynamitant avec “Lili Marleen”, par exemple, Werner Herzog replongeait dans l’univers expressionniste des années 20 ou Fritz Lang et Murnau réalisèrent des chefs-d’oeuvres : “Métropolis” et “Faust”, “Le Docteur Mabuse”, “Nosferatu le Vampire”.

Ces films au climat de violence latente annonçaient alors la tragédie qui allait suivre. Ainsi Nosferatu, le vampire cadavérique surgi des vieux ports gothiques, qui semait le désespoir et la mort, préfigurait Hitler et ses sbires, même si on ne s’en est aperçu que plus tard. En choisissant de tourner à nouveau cette histoire, Herzog ne rajustait pas seulement les maillons d’une chaînes ininterrompue, il allait à la rencontre de ses propres fantasmes : compassion pour les disgraciés, les fous, les criminels égarés (son comte Dracula est emprunt d’une dimension pathétique que ne possédait pas celui de Murnau); exploration d’une société ténébreuse qui porte le mal en elle et détruit l’innocence; angoisse lancinante devant le mécanisme de l’injustice où les pulsions de destruction mènent le monde.

 

Désireux de renouer avec le passé cinématographique de son pays, Herzog doit remonter au cinéma d'avant-guerre afin de toucher aux racines de son art. Son Nosferatu est une oeuvre originale en soit : le rythme est péniblement lent, le jeu des acteurs est minimaliste et le visuel revêt un aspect documentaire. Pourtant, le film reprend fidèlement le récit original et certains plans sont en tout points identiques à l'oeuvre de Murnau. Herzog a même prit la peine de retrouver certains lieux de tournage qui n'ont point changé depuis 1922. Malgré toutes ces peines, ce sont les différences qui font de ce film une oeuvre intéressante : le temps que prend Herzog à nous présenter le voyage de Jonathan vers le château; le dialogue entre le vampire et Lucy; la musique de Popol Vuh; et la conclusion beaucoup moins optimiste que son prédécesseur. Le succès de cette version est symbolique de la renaissance du cinéma allemand qui, pendant plus de quarante ans, avait souffert les conséquences d'un pays et d'un peuple abattus.

Le “Nosferatu” est incarné par Klaus Kinski, cet acteur un peu fou et habité auquel l’unissait une hallucinante relation d’amour-haine. Isabelle Adjani, emmenée dans l’aventure par des impératifs de coproduction internationale, apporte un souffle de pureté exaltée qui souligne encore la référence à une manière d’opéra gothique et sanglant. Si le film souffre de la comparaison avec l’original de 1922 et hésite entre la grand spectacle d’épouvante et le reflet des angoisses de son auteur, l’atmosphère et le portrait du monstre sont d’une force inoubliable. Une horreur un peu métaphysique, mais des plus efficaces.

L'influence de Nosferatu se fait sentir encore aujourd'hui chez des réalisateurs comme Tim Burton qui a même nommé le protagoniste principal de "Batman Returns" (1992) Max Schreck, le nom de l'acteur qui interpréta le vampire Nosferatu. Shreck se traduit d'ailleurs "terreur" en allemand. Avez-vous remarqué les références à Nosferatu dans les films "Scream 2" (Craven, 1997) et "Interview With The Vampire" (Jordan,1994) ?

Mentionnons, pour terminer, que deux versions de ce film existent : la version anglophone et une version allemande (supérieure en qualité) contenant quelques scènes supplémentaires.