Entretien avec la jeune auteure belge du Manoir des immortels, flamboyant roman vampirique ayant pour cadre le Londres victorien (Nuit d'avril, 2007).

Osc : Tout d'abord, pourriez-vous nous rappeler votre parcours littéraire ? Qu'est-ce qui vous a amené à l'écriture, et à celle de ce roman en particulier ?

Ambre Dubois : Bonjour à toute l'équipe d'Oscurantis et merci de m'avoir proposée cette interview.

Mon parcours est assez simple. Il se trouve qu'en 2004, en procédant à un grand rangement en vu de déménager, je suis retombée, par hasard, sur des cahiers noircis de textes et d'histoires. Je me suis alors souvenue, qu'à l'époque de mes études secondaires, je passais le plus clair de mon temps à essayer d'inventer des textes de vampires et de les mettre sur papier.

En les relisant, l'envie m'a prise de les retravailler et de les développer. De fil en aiguille est né le " Manoir des immortels " et le virus de l'écriture n'a, pour l'heure, pas encore quitté mes veines !

Osc : Comment s'est déroulée la naissance du Manoir des Immortels ?

A.D. : Mes premiers écrits d'adolescente date de l'époque où je commençais vraiment à être fascinée par le personnage du vampire surtout après avoir visionné des films comme le "Dracula" de Coppola ou "Entretien avec un vampire".

Mais il est vrai que l'histoire que j'avais créée à l'époque était beaucoup plus simple, faite de nombreux dialogues et de quelques personnages stéréotypés.

J'ai voulu améliorer tout cela en y ajoutant des éléments que j'apprécie dans les romans de vampire : romantisme, paradoxe humain/monstre, le Londres victorien pour décor… Au départ aussi, l'histoire de l'enquête était davantage basée sur la malédiction d'un violon mais, bien vite, le personnage de l'Éventreur est venu s'imposer dans mon esprit et à donner la ligne de conduite du roman.

Osc : Le Manoir des immortels abonde en clins d'oeils littéraires (notamment à Stoker). Quels sont les auteurs, modernes ou " classiques " qui vous ont donné l'envie d'écrire ? Ceux qui sont aujourd'hui pour vous des " modèles " ?

A.D. : Je ne vais pas être très originale mais, du plus loin que je me souvienne, ce sont les romans du "petit vampire" qui ont bercé mon enfance ; et les vieux films de la Hammer avec Christopher Lee et Peter Cushing était pour moi un vrai régal. Je frissonnais à chaque apparition de Dracula !

Plus tard, j'ai été amené à lire le roman de Bram Stoker, une vraie révélation pour moi puisqu'il présente le personnage du vampire dans toute son ambiguïté : à la fois envoûtant et terrifiant.

Et avec le film "Entretien" est venu Anne Rice (merci le cinéma !), bien vite suivis par tous les noms de la grande époque des "fleuve noir terreur" : Barbara Hambly, Fred Saberhagen, Jeanne Kalogridis…

Aujourd'hui, dans les auteurs plus récent, j'apprécie énormément Laurell Hamilton (Anita Blake) et Charlaine Harris (Sookie Stackouse). Quant à virginia Schilli, c'est en voyant sortir son premier roman en librairie que j'ai eu envie de suivre ses traces sur l'aventure de l'édition.

Osc : Certains aspects de la société vampirique londonienne telle que vous la décrivez dans votre roman, ainsi que la lutte démon/humain qui habite chacun de vos vampires font parfois songer au background des jeux de rôle de la maison White Wolf (notamment, votre hiérarchie vampirique … Simple coïncidence ou accointances réelles ?

A.D. : Vous n'êtes pas le premier à me faire cette remarque et pourtant la vérité est là : je n'ai joué à ce jeu de rôle ou lu le moindre livre s'y référent et je dois avouer que je n'y connais absolument rien. Je devrais peut être m'y mettre d'ailleurs, cela me plairait sûrement !

Je trouve que la dualité démon-humain, est l'aspect le plus fascinant et le plus intéressant dans les mythes du vampire, du loup-garou ou même du fantôme. Ce sont des personnages toujours tiraillés entre deux mondes, entre deux modes de pensées, entre deux manières de voir l'existence. J'apprécie aussi beaucoup l'image du vampire romantique mais qui garde toujours dans le regard une étincelle de quelque de chose de bestial ou de démoniaque.

Osc : Vos vampires sont très humains et subissent nombre des affres qui tourmentent les simples mortels. Lequel, parmi ceux qui font vivre votre roman, remporte votre préférence ?

A.D. : Je les aime tous bien sûr, comment pourrait-il en être autrement !

Néanmoins, pour ce roman, c'est vrai que j'éprouve une certaine tendresse pour le personnage de Corwin, sans doute le plus humain du Manoir. Je me retrouve aussi beaucoup dans sa manière de se comporter. J'ai d'ailleurs ajouté un chapitre entier rien que pour satisfaire mon égoïsme de le mettre davantage en scène.

Mais je sais que Drake remporte aussi beaucoup de succès auprès de la gent féminine !

Osc : Comment s'est passé votre collaboration avec les éditions Nuit d'Avril ?

A.D. : Encore maintenant j'ai du mal à croire que j'ai signé un vrai contrat en tant qu'auteure professionnel et que mon rêve s'est réalisé ! L'équipe de Nuit d'avril a fait un incroyable boulot de corrections pour contrer mes défauts de jeunesse et corriger aussi certains anachronismes. Je ne les remercierai jamais assez pour m'avoir donner la chance de publier mon premier roman alors que je commençais vraiment à douter de ma capacité à écrire des histoires.

Osc : A quoi ressemble Ambre Dubois lorsqu'elle écrit ? Doit-elle s'entourer d'une ambiance ou d'un cadre particulier ?

A.D. : J'écris uniquement le soir, dans le noir le plus complet. C'est un vrai rituel et je m'oblige presque à écrire quelques lignes chaque jour. Et curieusement, plus je suis fatiguée, plus j'ai tendance à écrire, emportée par mon imagination, j'y trouve là une formidable méthode de ressource et d'évasion.

Je ne supporte aucune musique ou aucun bruit quand j'écris. Pour me mettre dans l'ambiance, il est possible que j'écoute un morceau ou que je visionne quelques images mais le silence et l'ombre sont mes seules compagnes.

Osc : Le Manoir des immortel pourrait fort bien se prêter à une (voire même plusieurs) suite(s). Aurons-nous bientôt l'occasion de croiser à nouveau Stella, Drake, Rodrigue ou Mortepierre ?

A.D. : Lorsque j'ai commencé à écrire ce roman, je me suis retrouvée devant un problème de "trop-plein" d'informations. Et j'ai du choisir de laisser pas mal de zones d'ombre autour de mes personnages pour ne pas alourdir l'enquête principale.

A l'heure actuelle, la suite du "Manoir" est déjà écrite, son titre provisoire en est "Le sang d'Hécate" mais il n'a pas encore été proposé à aucun éditeur. Ce texte reprend le principe du tome 1, une enquête policière fantastique autour de laquelle gravitent les personnages du Manoir.

Et j'ai déjà d'autres idées en tête pour un troisième tome voir un quatrième...

Osc : Avez-vous d'autres projets en cours ?

A.D. : Actuellement, je passe le plus clair de mon temps à essayer de trouver un éditeur pour mon autre roman "La dame sombre". Une histoire fantastique se déroulant à l'époque où le peuple picte luttait contre l'invasion romaine. Un récit mettant également en scène des vampires et des humains imbibés d'anciennes traditions celtiques.

Là encore, un seul tome ne m'a pas suffit et je suis en train d'écrire une suite…

De temps en temps, j'essaye d'écrire quelques nouvelles pour des appels à texte ou pour mon simple plaisir, mais je dois avouer que je préfère les romans qui me permettent davantage de développer mes personnages et mes idées.

J'ai encore de nombreux autres projets mais ils ne sont qu'à l'état de fantasmes dans mon cerveau !

Osc : Pour finir, un petit portrait chinois ! Si vous étiez…

Une drogue ? L'absinthe
Un animal ? Un chat
Un livre ? Voyage avec les morts de Barbara Hambly
Un morceau de musique ? Le trille du diable
Un vice ? La paresse
Un supplice ? Joker !
Un bruit ? Un murmure 
Une matière ? L'ambre
Un mot ? Pénombre

Septembre 2007 

Le Manoir des immortels roman d'Ambre Dubois (ed. Nuit d'avril)

Londres, fin du XIXe siècle. La ville est sous le choc des meurtres de Jack l’Éventreur et les habitants se calfeutrent chez eux, dès la nuit tombée. Au sein de la communauté londonienne de vampires qui se terre dans un manoir abandonné, l’on se pose des questions. Le tueur serait-il l’un d’eux ? Entretiendrait-il des liens avec une étrange famille bourgeoise du nom de Heartavy, où plusieurs servantes ont disparu ?

Le maître de ce petit groupe va charger Stella de mener l’enquête. Grâce à ses pouvoirs, la belle immortelle pénètre le foyer des Heartavy et y rencontre le mystérieux docteur chargé de veiller sur John, le jeune héritier atteint d’une maladie incurable…

Tout au long de ce roman qui nous plonge dans une atmosphère sombre et étouffante, apparaît une galerie de personnages hauts en couleurs, énigmatiques ou attachants. Un premier roman subtil, une enquête policière rondement menée sous la brume et la pluie…

Le Manoir des Immortels est un polar vampirique qui plongera le lecteur dans l’ambiance fétide du Londres du XIXe siècle. Avec ses personnages bien campés, il se rapproche d’ouvrages tels Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, Whitechapel de Laure Odène ou La Crypte du Pendu d’Erwan Blackmore.

Un roman efficace au style soigné et à l'intrigue habillement menée, habité par une galerie de personnages attachants et hauts en couleur. Un premier roman publié qui est aussi une très jolie réussite.

Disponible en version papier, 286 pages, format 210 x 150 Paru en Septembre 2007, ISBN : 978-2-35072-035-7 Couverture de Anne-Claire Payet (www.chrysantis.net/ Prix : 18.90 Euros, port compris Pour en savoir plus :