Entretien avec Virginie Doulau, à l'occasion de la sortie de son premier roman, Smoo Cave (ed. du Chat Rouge, 2007). Un roman qui mêle les mystères de l'âme, aux hasards qui font une vie et des significations que l'on veut parfois, à tort ou à raison, y accorder.

Des confinements new-yorkais aux landes d'Ecosse battues par le vent, Virginie Doulau, avec un style élégant infusé d'humour tantôt tendre, tantôt tranchant, noir et jubilatoire, nous donne à penser sur les lois qui séparent la réalité de ce qu'on nomme communément le " surnaturel ".

Dans cette très belle histoire qu'on pourrait voir comme une inversion du mythe de la caverne de Platon, l'auteure nous livre une admirable métaphore de la recherche d'un bonheur, qui ne peut être qu'ailleurs.

Le Chat Rouge est un éditeur indépendant qui propose dans son jeune catalogue de très jolies perles. Des auctoritas, telle La Mandragore de Jean Lorrain ou Double assassinat à la rue Morgue de maître Poe. Et des jeunes plumes des plus habiles : Gérald Duchemin et ses acérés Carmélia, L'Echafaud. Et Virginia Doulau, avec son roman Smoo Cave.

Oscurantis : Tout d'abord, pourriez-vous nous rappeler votre parcours littéraire ? Qu'est-ce qui

vous a amené à l'écriture, et à celle de ce roman en particulier ?
 
Virginie Doulau : Bonjour Franck, et merci pour cet entretien !
Pas de véritable parcours littéraire en fait ; c’est tout simplement au fil de mes lectures, assez éclectiques, 
que j’ai développé un goût pour l’écriture. Sûrement aussi pour canaliser une imagination assez 
débordante ; pour parler de choses que l’on aborde pas forcément dans la vie de tous les jours. Pour 
rêver en quelque sorte.

Mais j’avais aussi envie de parler de l’Ecosse, de décrire ce pays tel que je l’ai perçu.

Osc : Vous parsemez votre texte d’allusions à Lovecraft, à King et à beaucoup d’autres. Quels sont les auteurs, modernes ou « classiques » qui vous ont donné l'envie d'écrire ? Ceux qui sont aujourd'hui vos « modèles » ? V.D. : J’aime beaucoup la littérature du XIX ème siècle ; j’aime le XIX ème tout court d’ailleurs. En ce qui concerne mes genres littéraires favoris, en fait j’apprécie tout autant l’univers noir et peuplé de créatures étranges de H.P Lovecraft que celui, champêtre et romantique, de George Sand. Tout comme passer de la noirceur de MacBeth par exemple, à la légèreté du Songe d'une nuit d'été. J'aime cette alternance-là... Mais la lecture qui m’a le plus fascinée, c’est sûrement les Hauts de Hurlevent à la fois terriblement tourmenté et violent, campé sur des terres âpres et hostiles. La personnalité d’Emily Brontë est tout aussi captivante, et nimbée de mystère. Parmi mes contemporains, j’ai une nette préférence pour Amélie Nothomb ; elle a un style et un sens de l’humour absolument divins. Osc : Votre héroïne, désabusée et un peu misanthrope, se met en quête de quelque chose de plus que la superficialité lisse de la civilité New Yorkaise. Quelle est votre part là dedans ? Pensez-vous que les gens sont d’autant plus vrais lorsqu’ils vivent à l’écart des autres ? V.D. : Forcément, le côté un peu misanthrope de Caroline ne m’est pas totalement étranger… Disons que comme elle, j’ai besoin de m’éloigner de la foule. Cependant, je ne pense pas qu’il soit véritablement nécessaire de se couper du monde pour être "vrai" ; chacun porte sa propre vérité d’ailleurs. L’important en fait, c’est d’aller à la rencontre de cette vérité qui est en soi. Pour cela, à chacun sa méthode ; pour ma part, la communion avec la nature, loin de l'agitation et des pollutions auditives et lumineuses des villes, est primordiale.   Osc : Votre roman joue aussi beaucoup sur la frontière et les règles ténues qui séparent la « réalité » au « surnaturel », en y attribuant un caractère très subjectif. Quelle est votre définition de la réalité ? V.D. : C’est qu’elle est subjective justement. On vit dans la "réalité" mais on passe notre temps à rêvasser aussi ; à imaginer un ailleurs, un idéal.... Est-ce que la réalité est plus présente dans ces pensées, ou dans nos actes quotidiens? Nos rêves, nos aspirations, nos désirs, nos espoirs, font également parties de notre réalité, de ce que nous sommes et qui nous constitue. Et fort heureusement d'ailleurs, que le rêve est là pour illuminer nos vies ; ce serait bien terne et triste sinon. Osc : Vous décrivez les paysages d’Ecosse avec une visible exultation. Que représentent-ils dans votre imaginaire ? V.D. : J’ai imaginé l’Ecosse avant de la voir ; je l’ai idéalisée même d’ailleurs, avant de me rendre compte, en m’y rendant enfin, que c’était encore mieux que ce que j’avais imaginé. C’est un monde de mystère et d’enchantement, propice à la rêverie justement ; un peu comme si le temps n’avait pas eu de prise sur ces lieux. En fait, ce sont tout simplement des paysages qui n'ont pas encore été abîmés par le monde moderne; ce qui est de plus en plus difficile à trouver...;o) Osc : Comment s’est passé votre collaboration avec les éditions du Chat Rouge ? V.D. : Formidablement bien ! Gérald Duchemin m’a tout d’abord contactée par téléphone pour m’annoncer que mon roman avait retenu l'attention des éditions du Chat Rouge. Nous avons longuement communiqué par la suite pour les corrections de Smoo Cave, puis nous nous sommes enfin rencontrés, ainsi qu'avec Jean-Luc Catanzano, lors de la Comédie du livre à Montpellier, en mai dernier. Ce fut un réel plaisir, j’en ai gardé un excellent souvenir, et je suis prête à recommencer l'aventure avec eux cette année ! Osc : A quoi ressemble Virginie Doulau lorsqu'elle écrit ? Doit-elle s'entourer d'une ambiance ou d'un cadre particulier ? V.D. : Non, pas d’ambiance ni de cadre particuliers. J’écris l’après-midi, sans bruit de préférence bien sûr ; et quand le temps est au gris à l’extérieur alors là c’est l’idéal ! L’été, quand il fait très chaud, j’avoue que j’ai beaucoup plus de mal ;o) S’il y a une chose que j’ai véritablement transmise à Caroline dans Smoo Cave, c’est mon aversion pour la chaleur ! Osc : Avez-vous d'autres projets en cours ? V.D. : Oui, un récit fantastique, destiné à la jeunesse. L'histoire est écrite, j'en suis aux corrections et modifications. L'exercice le plus dur dans ce genre, c'est d'arriver à se représenter et à maîtriser parfaitement son monde imaginaire. Pour cela, avoir des talents en dessin me serait bien favorable, mais hélas ce n'est pas le cas...;o) Osc : Pour finir, si vous le voulez bien, un petit portrait chinois ! Si vous étiez… Une drogue ? L'absinthe Un animal ? Une chouette Un livre ? J’ai déjà parlé de ma fascination pour les Hauts de Hurlevent ; alors pour varier je vais choisir celui de sa sœur Charlotte : Jane Eyre ; beaucoup plus lisse certes, mais un délice aussi... difficile de ne pas tomber amoureuse de Mr Rochester ! ;o) Un morceau de musique ? Le thème du dernier des Mohicans Un vice ? L'individualisme Un supplice ? L'attente Un bruit ? La corne de brume d'un phare Une matière ? le velours Un mot ? Positivement. Le positivement dans son contexte XIX ème ; celui des échanges de Mina et de Lucy dans la somptueuse adaptation du Dracula de Bram Stoker. Dommage qu’il ne soit plus utilisé ainsi… Osc : Merci d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions… V.D. : Merci à vous !  

avril 2007

 

  "Peut-être en effet qu'elle avait un problème, et peut-être aussi qu'il n'était point normal d'être prise soudainement d'insomnie la nuit qui suivait son trentième anniversaire, et que le fait de se réveiller tous les matins à trois heures et quart la gorge ensanglantée de l'intérieur parce que quelqu'un est en train de s'acharner à vous atrophier les amygdales constituaient une tare majeure."   Nous sommes à New York. Caroline, l'héroïne de Smoo Cave, est en pleine mutation existentielle. Mais si elle change de peau à vue d'œil, au nez et à la barbe de son entourage, cette mue provoque un bien étrange cauchemar… Un pays d'Europe semble appeler Caroline. Et une grotte, nommée Smoo Cave, peu à peu, obsède la jeune femme…   Virginie Doulau est née le 28 octobre 1974, à Narbonne. Smoo Cave est son premier roman.
"Smoo Cave" Roman de Virginie Doulau COLLECTION " ROUGE ET NOIR " ISBN 2-9518190-8-0 Prix 18 € 13x20 cm 180 pages Recouvert d'une jaquette couleur 160g Plus d'infos sur le site web des éditions du Chat Rouge