Jeune et talentueux écrivain français, auteur du très gothique Elégie pour un vampire et du tout nouveau Les Saigneurs Cardinaux, Sullivan Lord a gracieusement accepté de répondre à nos quelques questions, pour un entretien sans compromis...

Oscurantis : Pouvez-vous nous rappeler votre parcours littéraire ?

[Sullivan lord] Mes premiers travaux sont aujourd'hui quasiment introuvables. Il s'agit principalement de scénarios de jeux de rôle publiés entre autre dans Chroniques d'Outres mondes et Casus Belli, à l'époque où j'écrivais encore sous mon véritable nom. On y trouve notamment un texte inspiré des oeuvres de Lovecraft que j'ai rédigé alors que j'avais à peine seize ans. De manière anecdotique, j'ai également publié une nouvelle dans un magazine qui s'appelait Science et Magie et qui faisait référence à une apparition spectrale. Une nouvelle qui préfigurait peut-être la création des fantômes qui hantent Elégie pour un Vampire.

Osc. : Combien de temps vous a prise la rédaction d'Elégie ?

[Sullivan lord] Une petite éternité. Entre les premières lignes de ce roman et sa publication, il s'est écoulé quatre à cinq années. Cela dit, je travaillais dessus en free-lance et de manière irrégulière. Le plus ennuyeux lorsqu'on bosse sur projet d'une telle ampleur, c'est que la plupart de vos idées originales sont parfois recyclées ou utilisées par le cinéma dans l'entre-temps. Aussi, il faut regorger de trouvailles pour faire en sorte que votre roman demeure malgré tout imaginatif. A partir du moment où l'on traite des mêmes histoires, des mêmes thèmes, il y a obligatoirement des similitudes. Il faut l'admettre, c'est ainsi.

Osc. : Pouvez-vous nous éclairer sur les difficultés éditoriales que vous avez rencontré pour Elégie ?

[Sullivan lord] D'un côté, vous aviez certains directeurs de collection qui arguaient qu'Elégie pour un Vampire était un roman trop littéraire, voire pompeux. Ceux-là n'avaient pas compris que le style faisait partie du charme du bouquin. Après tout, j'avais volontairement conçu ce roman comme une oeuvre romantique et il n'était pas question de le dénaturer. De l'autre, un romancier comme Paul Guth l'avait primé, ce qui tendait à dire que ce roman possédait d'évidentes qualités. Enfin, je tenais à garder une liberté de création totale. Je ne voulais pas être coaché par un type qui m'aurait imposé une quelconque direction narrative ou une certaine forme de censure. Je ne désirais pas faire du tout public en éludant la dimension dramatique, érotique et romantique du mythe vampirique. Du coup, et plutôt que d'attendre qu'un éditeur se dise "bon je vais vous publier mais réduisez votre manuscrit de cent pages", je me suis débrouillé par mes propres moyens. Heureusement pour moi, tous les critiques ont soutenu cette oeuvre contre vent et marée, ce qui m'a permis de sortir mon épingle du jeu. Cela dit, rien ne prouve que vous ne trouverez pas mes titres chez d'autres éditeurs dans un proche avenir.

Osc. : A quoi ressemble Sullivan Lord en train d’écrire ? Avez-vous besoin d’un certain cadre pour pouvoir écrire ?

[Sullivan lord] En fait, cela n'a rien d'exceptionnel. Je suis devant mon clavier et je tapote pendant des heures et des heures. Pour tout dire, je suis quelqu'un de très méthodique. Aussi, j'établis d'avance un schéma de l'intrigue extrêmement détaillé avant de commencer à écrire. Ainsi, je ne rédige pas forcément mes chapitres dans un ordre chronologique. Souvent, la première ligne d'un nouveau roman n'est pas encore écrite que je réfléchis déjà à la dernière. Comme vous avez pu le lire dans Elégie pour un Vampire, j'essaie également de soigner la conclusion de mes écrits. Pour le cadre, je n'ai pas vraiment d'exigence particulière, même s'il m'arrive de rédiger certains chapitres avec une ambiance musicale, souvent des BO de films, mais pas toujours.

©Olivia de Berardinis
Osc. : Partagez-vous la vision de certains de vos personnages en ce qui concerne l’hypocrisie de la vie en collectivité et le dégoût pour la ville et l’environnement urbain ? Etes-vous d’avantage Ruthven le vampire ou Nathaniel le flic philanthrope ?

[Sullivan lord] Bonne question. Il est vrai que je ne supporte pas vraiment les grandes villes. J'ai d'ailleurs travaillé sur Paris pendant quelques temps, mais je ne me trouvais pas exactement dans mon élément. Dernièrement, je suis repassé sur la capitale pour m'occuper des visuels de mon dernier roman Les Saigneurs Cardinaux et j'y ai noté quelques détails pittoresques. Avez-vous remarqué que tout le monde adopte un comportement identique dans le métro ? Les gens courent dans tous les sens, à tel point que vous êtes obligés d'en faire de même ? Parfois, je pense que la grandeur de ces villes provoque une crainte réciproque des uns envers les autres. De ce fait, les gens s'y deshumanisent, sans même s'en rendre compte. Pour ce qui est de mon état d'esprit actuel, je dirais que j'ai été un philanthrope mais que depuis quelques temps, j'ai dû mettre ce trait de côté pour me concentrer sur mes propres projets.

Osc. : En lisant votre roman, il m’est arrivé de ressentir une certaine influence du milieu du jeu de rôle (l’allusion au fusil paint-ball d’un de vos inquisiteurs, définitions de certaines des facultés des vampires qui semble parfois faire quelques clins d’œil aux jeux White Wolf…). Ai-je fait erreur ?

[Sullivan lord] Pas vraiment. J'ai d'ailleurs fait un peu de paint-ball sur une ou deux conventions et je pense m'y remettre prochainement. En fait, c'est l'un de mes meilleurs amis qui m'a suggeré d'intégrer ce genre de traceur dans mon roman et j'ai trouvé l'idée très amusante. En toute honnêteté, j'ai joué aux productions de chez White Wolf dans les débuts, avant que la pompe à fric ne tue toute trace de cohésion interne entre les suppléments. C'était avant que les Garous ne bouffent les Vampires et que les Garous ne soient bouffés à leur tour par les Gnomes, et ainsi de suite. Cela dit, je voulais me détacher de cette influence pour bâtir mon univers en évitant à tout prix le plagiat. Et puis, je suis un véritable fan des films de vampires (des origines à nos jours) dans lesquels le vampire trépasse dès qu'on lui plante un pieu en plein coeur. Donc pas question de faire du compromis rôlistique. Elégie pour un vampire devait s'adresser à tout le monde, même si les rôlistes pourraient y retrouver une certaine ambiance. Pour les fans de JDR, j'ai d'ailleurs glissé une private joke sur Cyberpunk dans Les Saigneurs Cardinaux. Cela dit, le milieu du Jeu de Rôle (Casus, notamment) ne m'a pas du tout soutenu. Quand je m'occupais d'une rubrique pour promouvoir le jeu de rôle dans une émission de MCM, leur rédac chef me dépliait le tapis rouge. Mais le jour où je lui ai envoyé mon roman, celui-ci m'a soudainemment oublié. Il est allé jusqu'à prétexter que mon manuscrit ne valait pas la peine qu'on parle de lui. Heureusement, tous les autres magazines spécialisés dans le fantastique m'ont défendu becs et ongles et je les en remercie car sans eux (et les lecteurs, bien sûr), j'aurais peut-être renoncé à l'écriture. Dernièrement, l'écrivain Maurice G. Dantec est allé jusqu'à me féliciter personnellement. Alors, la prochaine fois, j'espère qu'ils feront l'effort de lire mon roman sans s'arrêter à la couverture...

Osc. : L’histoire d’Elégie pour un Vampire se déroule dans votre région, celle de Sedan (qui apparaît presque comme un personnage à part entière tant elle est riche en couleurs), dont vous avez « quelque-peu » remanié l’histoire. Pourquoi ce choix ? N’aurait-il pas été plus simple de directement recréer un nouvel univers pour vos héros ?

[Sullivan lord] Sedan est une ville minuscule mais qui possède, toute proportion gardée, quelques décors dignes d'Hollywood. Il suffit de se ballader le long des rues pavés en pleine saison estivale pour changer de siècle. De même, je voulais à tout prix intégrer un élément propre au roman gothique classique, c'est à dire la présence récurrente d'un château. Du coup, j'ai remanié l'histoire de la ville afin de créer un environnement propice à mon inspiration. Telle qu'elle est dans notre réalité, Sedan ressemble à une ville comme il en existe des milliers d'autres. Cependant, en centuplant son nombre d'habitants et en la récréant pièce par pièce, j'obtenais une cité gothique comme il n'en existe aucune. Par ailleurs, j'ai adopté le principe d'uchronie pour façonner ce monde (en clair, j'ai changé d'importants détails historiques, en y incluant notamment le surnaturel et une troisième guerre mondiale), il s'agit donc bel et bien d'un autre univers.

Osc. : Votre roman fourmille de clins-d’œil aux œuvres des plus grands auteurs fantastiques classiques (Stoker, Byron, Lovecraft…). Mais avec quels auteurs vous sentez-vous le plus d’affinités ?

[Sullivan lord] Lord Byron, incontestablement. D'autant que ses récits et poèmes, sous le couvert de la fiction, sont quasiment autobiographiques. Malheureusement, pour trouver ses textes, c'est la croix et la bannière car comme tout auteur gothique digne de ce nom, on ne le lit plus. Donc on ne l'édite plus. Pour moi, Stoker est LE maître. C'est lui qui a offert un somptueux écrin au mythe vampirique. Et même si certains lui reprochent de n'avoir fait que compiler des données propres à d'autres romanciers (Goethe, Polidori, notamment), il est le père fondateur. Pour Lovecraft, c'est l'auteur que je lisais adolescent et il m'arrive encore de relire certains de ses textes. On lui a toujours reproché son style si particulier, mais c'est grâce à celui-ci (et à son pote Auguste Delerth, bien sûr) que ses textes ont survécu.

Osc. : Quel est votre avis sur la production française actuelle en matière de littérature fantastique ?

[Sullivan lord] Honnêtement, j'ai souvent l'impression d'être l'un des seuls dans le créneau fantastique pur (sinon le seul) mais c'est peut-être aussi ce qui fait ma force. Tous les autres romanciers écrivent généralement de l'Heroic fantasy ou de la SF. Personnellement, je pense que si le milieu s'avère aussi moribond, c'est notamment dû au fait que, malheureusement, les lecteurs préfèrent les auteurs anglosaxons, King, Rice et consorts. Certes, il y a des myriades de nouvellistes, mais quasiment pas de romancier. Le marché demeure trop fluctuant pour publier de jeunes auteurs. Du coup, certains éditeurs les font miroiter en publiant une nouvelle par ci par là. Quelque part, ce système s'avère carrément inhumain. C'est sadique de jouer ainsi avec les rêves des individus.

Osc. : Que ce soit en matière de cinéma ou de musique, Elégie abonde de références à la culture gothique. Quels sont vos relations personnelles avec ce mouvement ?

[Sullivan lord] On peut effectivement me qualifier de gothique, mais ce n'est qu'une des nombreuses facettes de ma personnalité, pas davantage. Bien sûr, il m'arrive de me rendre à des concerts (j'étais dernièrement à celui de Theatre of Tragedy et leur virage electro m'a quelque peu surpris) ou à des soirées, mais j'essaie de rester discret. Et puis, j'ai d'autres passions que les vampires et les musiques sombres du style Dreadful Shadows. Je suis un mordu de cinéma (de tous les types de cinéma du polar à la comédie sentimentale), je collectionne également les comics US, ce qui n'a rien de gothique.

Osc. : La suite d'Elégie pour un Vampire, les Saigneurs Cardinaux, vient juste de sortir… Y-aura-t-il un troisième opus afin de clore la trilogie ?

[Sullivan lord] En effet, au moment où je réponds à vos questions, mon second tome Les Saigneurs Cardinaux est en cours de référencement. Il sera donc disponible d'ici peu en Fnac et Virgin mégastore. Cela étant, je tiens à préciser que chacun de ces ouvrages Elégie pour un Vampire ou Les Saigneurs Cardinaux demeurent indépendants. Ainsi, le second tome reprend certains personnages du premier, mais il y a trop de nouveautés pour qu'il ne s'agisse que d'une simple suite. C'est une nouvelle aventure à part entière avec de nouveaux personnages, de nouveaux fléaux, de nouveaux rebondissements. Pour tout vous dire, le troisième et dernier tome de ma trilogie s'intitulera Le Règne des immortels. Mais avant la sortie de cet opus, un roman d'un autre genre devrait voir le jour. Cependant, je ne vous en dirais pas plus pour le moment.

Osc. : D’autres projets à plus où moins longs termes ?

[Sullivan lord] Je continue à fignoller mon premier court-métrage et j'espère bien me lancer dans l'aventure cinématographique très prochainement. La télévision me tente également. En fait, je rêverrais de bosser sur ma propre série, mais à l'américaine, c'est-à-dire en la produisant afin de garder un contrôle absolu sur l'écriture des épisodes. Je réfléchis beaucoup à cela en ce moment et je pense avoir quelques idées intéressantes. Mais bon, ce ne sont que des projets, ne nous enflammons pas.

Osc. : Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions…

[Sullivan lord] Merci à vous de m'avoir interrogé. Je tenais également à vous encourager pour votre site internet car la littérature gothique reste malheureusement méconnue. Et c'est vital qu'il existe des portails tels que le vôtre pour la promouvoir.

Le 25/01/2003

 Vous pouvez trouver les livres de Sullivan Lord dans les FNAC, ou en passant commande directement (pour des exmplaires dédicacés !) :

SULLIVAN LORD, BP 17, 08 200 BALAN

 

...Elégie pour un Vampire...

 

Dans un futur proche, l'hexagone vibre sous les soubresauts d'une impitoyable guerre civile où une caste d'extrémistes a conscrit l'ensemble des libertés individuelles. Toutefois, si les affrontements entre les forces armées et les rebelles sont légions, ce climat n'affecte en rien les contrées de la Déesse Arduinna, soit les Ardennes Françaises. Dès la chute du Mur de Berlin, cet îlot de neutralité a effectivement reconquis son indépendance, subissant au passage de profondes mutations aussi bien architecturales que dénominatives. Au milieu de ces villes tentaculaires aux allures gothiques, certaines légendes ancestrales sont devenues des réalités tangibles, fournissant un véritable terrain de jeu aux éminences surnaturelles dont le Duc Charles Ruthwen.

©Olivia de Berardinis
Immortel âgé de cinq siècles, celui-ci a établi son refuge dans les souterrains du château fort de Sedan afin d'échapper à la vindicte de sa propre race, celle des Vampires. Seulement, à quelques nuits du réveillon de Noël, il laisse une victime exsangue, la jolie Julie Mac Gregor. Il n'en faut pas davantage pour que le buveur de sang se retrouve plongé au centre d'un véritable chassé-croisé entre la police, des inquisiteurs prêts à régler une ancienne dette et la superbe Mélanie Leroy, une artiste trop sensuelle pour être honnête. Et pour ne rien arranger, Ruthwen ne contrôle plus tout à fait ses facultés psychiques...

 

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