Marc V. Synthe est un jeune auteur français dont les textes, emplis d'une sensualité palpable et d'une poèsie décalée peuvent tantôt charmer, tantôt déranger, mais en aucun cas laisser indifférent.

Il a déjà publié certaines de ses nouvelles dans le numéro 18 de Twice (Renaissance), le numéro 26 d'Encre Noire (L'Ange et le Démon de l'Amande), le numéro 27 d'Encre noire (Fleur), et dans le fanzine l'Expérience Esthètique (Conte de Poussière). Rencontre avec cet auteur pas tout à fait comme les autres...


Oscurantis : Pour commencer peux-tu nous rappeler ton parcours littéraire ?

Marc V. Synthe : J'ai tout d'abord toujours beaucoup aimé écrire, créer, inventer et faire vivre des personnages dans des situations et cadres dont je contrôle entièrement le déroulement et la "fabrication", mais je me suis réellement accroché à cette activité à l'age de 14 ans.

Débutant par le maniement d'une poésie sombre et tourmentée, extrêmement personnelle et influencée par la culture horrifique (littérature, cinéma.), je me suis ensuite livré à l'accouchement de nouvelles et d'un roman dont j'approche doucement mais sûrement de la fin. Certains de mes textes ont été publiés dans des fanzines et j'aimerais à présent voir ma plume toucher un niveau supérieur, à savoir les éditeurs. Issues de l'école Poppy Z. Brite, auteur que je considère incontestablement comme mon préféré, mes histoires mettent en scène des garçons qui s'aiment ou qui cherchent à s'aimer dans un cadre teinté de sombre (déchirure, larmes, peur), d'érotisme et d'innocence.

 

Osc : Tu viens de faire paraître ton premier recueil, Huit-Clos et Larmes en auto-édition : comment s'est passée cette "naissance" ? Et qu'attends-tu de ce premier volume ?

M.V.S. : J'ai écrit le contenu de Huit-Clos et Larmes lors de l'année (2001-2002) que j'ai passé en Norvège en temps qu'étudiant. Durant cette période j'avais énormément de temps devant moi et je me suis penché sur la réalisation de sept nouvelles, produites dans un cadre assez particulier puisqu'il s'agissait d'un petit village enneigé situé dans les fjords, la nuit, seul dans une chambre. Après avoir vu quelques-uns de ces textes publiés dans des fanzines j'ai eu l'idée d'en rassembler cinq dans un recueil que je pourrais proposer au public ainsi qu'un poème écrit pendant la même période. J'attends de ce premier volume qu'il permette tout d'abord à ceux me connaissant de posséder un livre à mon nom rassemblant plusieurs de mes textes et aux autres de découvrir ma plume. J'aimerais qu'il me permette de recevoir de nombreuses critiques qui m'offriraient un large regard sur mon travail.

Osc : Tu as intitulé ton recueil Huit-Clos et Larmes : pourquoi ce titre ?

M.V.S. : "Huit-Clos" car dans chacune des histoires présentées dans le recueil des garçons qui s'aiment se retrouvent à un moment ou un autre enfermés dans une pièce, la chambre la plupart du temps - je pense avoir énormément été influencé sur ce point par le cadre dans lequel j'ai écrit ces histoires, une chambre comme je l'ai dit plus haut -."Larmes" car l'atmosphère de ces textes est teintée de tristesse et de souffrance, d'amour douloureux.

Osc : Une de tes nouvelles, Conte de Poussière, est basée sur une série de photos de Sandrine Williame. Comment s'est passée cette collaboration ?

M.V.S. : J'ai découvert Sandrine Williame par hasard sur le net, son travail m'a tout de suite envoûté, j'ai été très impressionné par une série de ses photos. Il s'agissait d'un garçon de style gothique et androgyne pris dans une sorte de cave, de sous-sol. Le garçon est marginal, très beau et je l'ai trouvé personnellement très bien mis en valeur par la prise. J'ai pensé plusieurs jours à ces photos puis j'ai eu l'envie d'écrire une nouvelle qui en serait inspirée. J'ai contacté Sandrine Williame qui a accepté le projet. Après plusieurs semaines je lui ai envoyé le texte. Elle n'a malheureusement pas aimé mon style d'écriture même si elle a aimé l'idée de la nouvelle, mais a tout de même été très agréable et m'a autorisé à utiliser ses photos si la nouvelle été un jour publiée, il suffisait que je la tienne au courant.La nouvelle ainsi que les photos doivent paraître dans le prochain numéro du fanzine l'Expérience Esthétique (pour plus de détails voir sur mon site).

Osc : Question difficile : comment qualifierais-tu ton style d'écriture ?

M.V.S. : Personnellement j'utiliserais les termes "Drogue Marbrée".

"Drogue" car la drogue est quelque chose de critiqué, d'indépendant, de marginalisé tels le sont en quelques sortes mes textes car ils mettent en scène des personnages homosexuels et la plupart du temps marginaux dans des situations peu communes. Mes textes ne sont pas écrits pour être populaires mais pour être tel un stupéfiant, connu mais uniquement fréquenté par les personnes qui s'y intéresse. J'ouvre bien sûr mes textes à tous publics mais je sais d'avance que seulement une partie de ce public les appréciera à leur juste valeur.

"Marbrée" car le marbre est sillonné de mille veinures, de courbes cassées et malmenées. Mes histoires se veulent ainsi, je ne les souhaite pas linéaires, prévisibles, classiques... Le marbre s'apparente également à ce qui est funeste, aux tombes, à la mort donc à ce qui est sombre. Mes textes sont teintés de sombre et le thème de la mort est très présent dans "Huit-Clos et Larmes".

Osc : La plupart de tes nouvelles abordent le thème de l'homosexualité. Pour toi, écrire sur ce sujet est une forme de militantisme ?

M.V.S. : Je ne dirais pas que c'est une forme de militantisme, c'est tout simplement très personnel. J'ai toujours aimé les garçons et je trouve que l'homosexualité, lorsqu'il y a de l'amour, est une chose incroyablement fantastique, magique.

Bien sûr je suis pour les droits des homos car l'homophobie est vraiment douloureuse mais je n'utilise en général pas le thème de l'homosexualité, dans mes textes, pour me battre, pour imposer des idées sur ce point. Je l'utilise par amour.

Osc : Quelles relations entretiens-tu avec la culture gothique ?

M.V.S. : J'aime beaucoup la culture gothique pour son romantisme, sa poésie, son esthétisme, son coté décadent teinté de noir et pour nombreuses autres de ses facettes, mais je ne me considère pas comme gothique même si on m'associe parfois à cette culture.

J'écoute certaines musiques dites de style gothique tel que Sopor Aeternus, Elend, etc., et j'ai lu beaucoup de livres s'associant à cette culture (thème du vampire, cimetière...).Je me sens un peu attaché au monde goth et l'utilise souvent dans mes textes car j'aime voir mes personnages mystérieux et marginaux, qu'ils soient goth, punk, ces phénomènes les rendent d'autant plus charismatique.

Osc : Y-a-t-il des auteurs (français ou non) desquels tu te sens particulièrement proche ?

M.V.S. : Poppy Z. Brite est incontestablement mon auteur préféré. Je la respecte tout d'abord énormément car elle a sû s'imposer dans la littérature malgré son jeune âge et ses textes abordant des thèmes souvent très critiqués, et je l'apprécie pour sa plume étonnement forte, maîtrisée dans un style poétique et contemporain. Ses histoires sont envoûtantes, vous prennent les sens, vous captivent et il faut les boire jusqu'à la toute dernière goutte.

Cet auteur m'a en quelque sorte guidé et si certains prétendent que je suis un de ces élèves, j'accepte alors avec honneur leurs réflexions.J'ai également beaucoup lu de Stephen King dans ma jeunesse, c'est peut-être par lui que tout a débuté, il m'a en tout cas éduqué à la littérature horrifique. Dans le français j'ai dévoré pratiquement tous les livres de Boris Vian, et je me suis attardé dans la poésie de Rimbaud, auteur dont je me sens très proche plus pour son histoire que sa plume. J'ai récemment découvert un autre écrivain français, Florence Bouhier, qui m'intéresse profondément, je pense qu'elle va prendre une place importante dans ma petite banque littéraire.

 

Osc : Quel regard portes-tu sur la production littéraire fantastique actuelle ?

M.V.S. : Je me sens un peu honteux car je suis très en retard sur la production littéraire française actuelle. A part quelques auteurs tel que Léa Silhol, Sire Cédric... que je trouve à mon goût je ne sais pas du tout où en est cette production. J'ai peut-être trop tendance à lire des romans américains ou anglais et je dois également admettre que depuis quelques mois mon temps réservé à la lecture à beaucoup diminué. Mais la situation se stabilise, je vais pouvoir explorer tout ça, peut-être pourrais-tu me donner quelques bons conseils ? (rire)

Osc : Quelles ont été les difficultés qui, en tant que jeune écrivain, ont entravé ta route ?

M.V.S. : Il y a bien sûr l'age, à 18\19 ans les gens ont tendance à ne pas trop vous prendre au sérieux. Il y aurait-il une norme qui préciserait qu'on ne peut pas être écrivain lorsque l'on est jeune ? Ensuite les thèmes que j'aborde ne plaisent pas toujours homosexualité, marginalité, etc., et mon style d'écriture non plus que certains ont tendance à qualifier de trop métaphorique. Je ne peux pas énormément développer cette question car je n'en suis qu'au commencement de ma "route", j'ai encore énormément à apprendre du monde écrivains/éditeurs. Je compte proposer l'année prochaine mon roman à ces derniers, j'aurais probablement plus à dire à ce moment là.

Osc : Tes projets, à plus ou moins long terme ?

M.V.S. : Comme je viens de le dire j'aurais prochainement achevé mon roman que j'enverrais ensuite aux maisons d'édition. Je vais également démarrer un projet d'écriture/musique en collaboration avec des musiciens, une énorme idée ! Je ne préfère pas en parler pour le moment mais si tout se passe bien un CD devrait voir le jour dans quelques mois.

Osc : Merci d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions...

M.V.S. : Merci à toi Franck et bonne continuation pour ton travail !

Le 05/10/02

  

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