Hammer Films

"Vers mes dix ans, j'allais souvent voir des films avec un groupe d'amis. Si nous voyions le logo de Hammer Films nous savions que cela allait être un film très spécial... une expérience surprenante, bien souvent- et choquante".

(M. Scorsese, dans "The Studio That Dripped Blood")

 

En mai 1957, un film d'horreur brittanique intitulé "The Curse of Frankenstein" ("La Malédiction de Frankenstein") sortait dans les salles obscures londoniennes. Ce film fit de Christopher Lee et de Peter Cushing des stars internationales et de la Hammer Films, une maison de production de renomée mondiale. A cette époque, la Hammer sortait 5 films par ans, puisant largement (selon certains, peut-être trop...) dans la "matière gothique" et des grands mythes littéraires auxquels elle a donné naissance. Pourtant, l'histoire de la Hammer ne commence pas là...

Origines :

L'initiateur de cette compagnie légendaire est Enrique Carreras qui naquit en Espagne en 1880. Il émigra en Angleterre où il ouvrit un théatre qui sera considéré comme un des premiers multi-plex. Il comptait en effet deux salles ("Blue Halls"), permettant donc de projeter des films différents, et qui offraient 2000 places assises. A la fin des années 1920, Carrera créa une compagnie permettant la distribution de films anglais : l'Exclusive Films. A cette même époque commença à poindre la mode du vaudeville, avec en tête de file la compagnie "Hammer and Smith", dirigée par William Hinds. En 1932, Carreras s'associa avec Hinds et assurèrent les droits de distribution de nombre de films (en particulier ceux de la Brittish Lion). Finalement, ils décidèrent de créer une compagnie détachée et destinée à distribuer les films de l'Exclusive. Ce studio fut baptisé Hammer Films.

Une entreprise familliale :

La Hammer, plus qu'une firme indépendante, était avant tout une petite entreprise familiale dans laquelle techniciens et acteurs se connaissaient et se retrouvaient d'un film à l'autre.

Leur premier film fut "The Public Life of Henry the 9th", suivi de "The Mystery of the Mary Celeste (The Fantom Ship)". Pour les deux décénies qui allaient suivre, la Hammer produisit une myriade de films de série B, avec cependant fort peu de moyens. La plus grande partie de ces productions étaient des des drames mettant en scène des criminels, ne connaissaient qu'un succès ephémère, mais permettaient à Hinds et à Carreras de vivre de manière tout à fait confortable. James Carreras (1090-1990), le fils de Enrique, rejoint bientôt l'équipe. Et en 1939, le fils de Hinds, Anthony (1922- ) fit de même. La seconde guerre mondiale allait les appeler tout les deux, mais ils revinrent au studio dès 1946. En 1943, le fils de James Carreras, Michael, rejoint l'équipe de l'Exclusive. Comme son père, il fut appelé sous les drapeaux mais revint au studio après la guerre. La "lignée" des Carreras régna donc sur la Hammer dès ses origines, et, comme nous le verrons plus loin, jusqu'à sa fin.

Système débrouille...

Au lieu de se dérouler dans des studios conventionels, comme, par exemple, à Hollywood, le tournage des films de la Hammer avait lieu dans les anciennes maisons de l'Angleterre. Ceci est l'origine du style pseudo-victorien si typique des décors des films de la Hammer.

Lors du tournage de "The Lady Craved Excitement" (1950) à Oakley Court, les dirigeants du studio se mirent à convoiter une demeure du voisinage, Down Place, en tant que siège permanent du studio. Il appartenait alors à George davies et à sa femme. George était un peu fan des films de la hammer, et accepta de vendre sa maison du moment que lui et sa femme pouvaient continuer à vivre sur place. Même s'ils ne furent jamais directement impliqués dans le tournage des films, George devint le "clapper boy" de la plupart des films de la Hammer.

C'est aussi dans les années 50 que les dirigeants de la Hammer eurent le grande idée de s'associer avec des compagnies américaines, en particulier la compagnie Robert Lippert Productions. Ce partenariat lui fut très profitable car il permit à la Hammer d'engager des stars américaines, élargissant ainsi le potentiel d'auditeurs au continent américain.

Une des matières premières de la Hammer étaient les séries radiophoniques de la BBC. Elle assura les droits d'un bon nombre de ces productions, et a tourné des version cinématographies que certaines d'entre elles. Une de ces conversion fut celle de "The Quatermass Experiment", une série radiophonique qu'avec quelques négociation, la Hammer parvint à s'approprier pour en faire un film.

Un film connu un joli succès et encouragea le studio à continuer à exploiter le thème du monstre et de l'horreur. Il s'attaquèrent au "Frankenstein" de Mary Shelley dès que l'oeuvre tomba dans le domaine public (ainsi, ils n'eurent pas à débourser quoi que ce soit de droit d'auteur) et que le "Frankenstein" de l'Universal (1931) fut devenu une légende, un classique de l'horreur qu'il convenait de revisiter. Dès lors, Universal réagirent en prévenant la Hammer qu'ils lui intenterait un procès si Hammer Film copiait une partie du film de l'Universal qui n'était pas dans l'oeuvre de Shelley, y compris le maquillage.

La version de la Hammer n'est certes pas très fidèle à l'oeuvre originale, et privilégie les scènes choc. C'est particulièrement vrai pour le maquillage pénible qui emprisonne les mouvement expressifs faciaux de Christopher Lee. Finalement, ce travail convaincu les spectateurs, impressionés et surpris par cette nouvelle version d'une histoire familière.

Les critiques furent elles aussi surprises. Choquées même. En fait, la plupart des critiques fulminèrent contre ce film, qualifié de dégoûtant et horrifique. Ceci mit le feu aux poudres, une leçon que les critiques n'ont toujours pas retenue, même de nos jours : quand les critiques haïssent un film et le font savoir, tout le monde se presse pour aller le visionner. En regardant ce film aujourd'hui, il est difficile de d'imaginer les raisons pour lesquelles ce film fut jugé si répulsif. Mais à l'époque, rien de semblable n'avait encore été fait.

Derrière les images, deux acteurs commançaient déjà à se distinguer : Peter Cushing (qui incarnait le froid, impassible et amoral Baron Frankenstein) et Christopher Lee, le monstre lui même, gravant ainsi sa plaque aux côté de celle de l'interprétation de Boris Karloff. Ces acteurs, surjouant légérement avec une emphase un peu forcée, dannaient un aspect théatral carractèristique qui est désormais la marque de la Hammer.

Le siège de la Hammer fut transféré aux studios Bray. A côté de Carreras et de Hinds, une étude des crédits des films permet de relever nombre de noms d'acteurs et de collaborateurs illustres qui accompagneront la compagnie dans son aventure. Notament Jimmy Sangster, qui écrira nombre de scenarii de grands classiques de la Hammer, ou encore Len Harris, un cammeraman compétent qui donnera l'allure si typique des films de la Hammer.

Mentionnons aussi le directeur Terence Fisher, dont le style visionaire et imaginatif utilisera les bray Studios pour donner le ton des productions à venir. Son style permettra à la Hammer de se sortir de la production de films de série B pour commencer à sortir des films de meilleure qualité, semblable aux productions de studios plus importants tel que la Pinewood et les MGM' Studios anglais.

De même, c'est à cette époque que fut prise la décision de produire des films à la chaîne. Cette décision était bien entendu motivée par l'argent, dès lors qu'il fut convenu qu'il revenait moins cher d'utiliser les même acteurs, la même équipe, avec des histoires similaires, dans des décors qui étaient recyclés d'un film à l'autre. Ceci est particulièrement visible avec mes films tels que "Dracula-Prince of Darkness" et "Rasputin the Mad Monk". Ces deux films furent réalisés avec la même équipe et les même acteurs. Le même décors fut utilisé pour le scène de destruction de Dracula et celle où Raspoutine tombe d'une fenêtre pour aterrir dans sa tombe de glace. Il en va de même pour "The Reptile" et "Plague of the Zombies" (mettant en scène des morts-vivants sortant de leur tombe deux ans avant le classique "Night of the Living Dead" de G. Romero). Pour faire en sorte que le public ne remarque pas cette astuce, les billets étaient vendu par deux (par exemple, "Dracula-Prince of Darkness" vendu en même temps que "The Reptile"). Malgrè cette petite magouille, les acteurs excellaient. Le rôle de Raspoutine est vu par les critiques comme le meilleur que Christopher Lee ai jamais joué.

L'apogée de la Hammer

Dans les années 60, le studio prospérait, mais comme la décénie s'achevait, le changement d'orientation de la Hammer devenait évident, grâce en partie à Michael Carreras , devenu directeur de la compagnie après la mort de son grand-père en 1950.

Les films d'horreur semblaient désormais suivre un simple formule, appliquée toujours de la même manière, et les thrillers plus psychologiques commencèrent à être produits après le succès du "Psycho" d'Hitchcock. Suivant le goût du public, Carreras demanda une plus grande place à l'emphase sexuelle et à la nudité.

Le studio disposait déjà de la très belle Hazel Court et de Barbara Shelley pour leur films. La beauté distinguée de cette dernière, ainsi que sa force de carractère, feront battre de nombreux coeurs parmis les spectateurs masculins. La dernière des grandes beautés classiques de la Hammer sera l'actrice Veronica Carlston. Durant le tournage de "Frankenstein Must Be Destroyed", Peter Cushing et Veronica Carlson s'alarmèrent de l'insertion d'une scène de viol dans le film, scène qui leur parraissait à la fois surperflue et assez peu conforme au personnage du Baron Frankenstein. Il tentèrent tout les deux de dissuader Carreras d'inclure cette scène, en vain. Avant de tourner cette scène, Cushing s'excusa par avance à Miss Carlson. Il regrettera toujours l'avoir tourné.

Erotisme dans les productions de la Hammer

Dans les années 70, la hammer se lance dans la production d'une série de films mettant en scène des vampires et emprunts d'une athmosphère mélant érotisme nudité, parfois avec une touche de lesbianisme. Ces films avaient pour référence le "Carmilla" de Le Fanu. Le premier de ces films met en scène Ingrid Pitt, dans le rôle d'une vampire bisexuelle. Dans "Vampires Lovers", elle pénétre dans la demeure d'un noble anglais pour rapidement séduire sa virginale fille. Pitt tourna aussi dans "Countess Dracula", dans lequel elle incarna la fameuse Elizabeth of Bathory, une femme célébre pour avoir tué de jeunes vierges pour receuillir leur sang, dans lequel elle se baignait afin de sauvegarder sa jeunesse. La Hammer continua d'exploiter les possibilités du réçit de Le Fanu avec le second opus de la trilogie Carmilla : "Lust for a Vampire". Dans ce film, un vampire bisexuel s'en prend aux jeunes fille d'une école, jusqu'à ce qu'un séduisant professeur entre en scène. Immédiatement charmé par la beauté de la prédatrice, il feront l'amour dans une scène très "vaporeuse"... Le troisième volet de la trilogie, "Twins of Evil", met en scène des jumelles : une d'entre elle, séduite par le côté obscur de la vie tombe entre les mains d'un seigneur vampire alors que la seconde est sauvée grâce à sa foi.

James Carreras prit sa retraite et laissa le studio entre les mains de son fils Michael. Cependant, ce dernier n'avait ni les même points de vue ni le sens des affaires de son père. La série des Dracula devint routinière et, mis à part de rares exceptions, les épisodes tournés sous sa férule firent de moins en moins d'entrées sur un marché de plus en plus occupé par les films à gros budget. Avec les productions américaines telles que "The Exorcist" et "Rosemary's Baby", la Hammer, à présent dépourvue du talent de James Carreras, se trouva lentement reléguée sur la touche. Avec "To the Devil... A Daughter", la Hammer réalisa son dernier film d'horreur théatral. Une tentative fut faite pour tenter de capturer l'engouement causé par les films américains, mais elle échoua.

Michael Carreras tenta de lancer de nombreux projets, incluant une version à gros budget du mostre du "Loch Ness Monsters". Un échec. Avec le parodique "The Lady Vanishes", les Studios Hammer réalisèrent leur dernier film, laissant derrière eux un héritage de travail et de savoir faire qui, s'il fut souvent décrié et ridiculisé par la presse, fut néanmoins grandement (et longtemps) supporté par les audiences américaines et brittaniques.

Aujourd'hui, la Hammer est vue comme un studio légendaire et reconnue, au même titre que les studios Universal, pour avoir régné avec force sur les genres de l'horreur et de la science-fiction. Mais la Hammer n'est pas morte. La compagnie est désormais détenue et suportée par des soutiens financiers. De nombreuses tentatives furent faite pout tenter de résuciter le studio, notement avec une série télévisée basée sur des histoire diffusée sur la BBC et appelée "Hammer House of Horror". Ces films étaient surtout interessants pour leurs qualités de thrillers psychologiques, et étaient finalement assez bien adaptés à ce nouveau support qu'était la télévision. Récement, une rumeur a circulé, selon laquelle Richard Donner était en négiciation pour sortir le studio de sa torpeur en retravaillant la série des "Quatermass". Que ceci se produise ou pas, il n'en reste pas moins que la Hammer siège au panthéon des grande maisons de productions d'horreur. Si leurs films nous parraissent aujourd'hui un peu mièvres, désuets, il n'en reste pas moins qu'il continuent à fasciner les fans. Tim Burton le premier (dans son "Sleepy Hollow" en particulier).

Quelques-uns des acteurs les plus fameux ayant joué pour la Hammer...

      Peter Cushing
Michael Gough
Christopher Lee