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Xavier FORNERET, ou l'Homme noir, ou l'Inconnu du Romantisme. " Pour les Annales littéraires de la partie présente du dix-neuvième siècle, dit-il en 1840, il y aura un livre rempli d'une infinité de noms (excepté le mien) dont vous connaissez les principaux. N'oublions pas la couverture, on y verra et moitié de l'Académie et Scribe. Vous savez que la couverture d'un livre qu'on relie ne se conserve pas. " On ignorait, en effet, tout de cette personnalité passionnante à plus d'un titre sans l'article que, dans le Figaro, lui a consacré naguère Charles Monselet et dont les extraits ont été recueillis dans le catalogue de vente de ce dernier (Catalogue détaillé, raisonné et anecdotique d'un Homme de lettres bien connu). |
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" Dijon, écrivait Monselet, se souvient encore de la première représentation de l'Homme Noir, drame en cinq actes et en prose. C'était en 1834 ou 1835. L'auteur était un Bourguignon, jeune homme riche, mais dont les habitudes en dehors de la vie bourgeoise et provinciale avaient le privilège d'exciter la défiance de ses compatriotes. D'abord, il ne s'habillait pas comme eux, premier grief. - Il aimait le velours, les manteaux, il portait un chapeau d'une forme particulière et une canne blanche et noire. On racontait de lui des choses étranges : qu'il habitait une tour gothique où il jouait du violon toute la nuit. Pour ces causes et pour d'autres, les Dijonnais se tenaient sur leur garde vis-à-vis de M. Xavier Forneret ; aussi leur curiosité fut-elle vivement mise en éveil par l'annonce de " l'Homme Noir. " M. Xavier Forneret avait fait la dépense ; la veille de la représentation des hallebardiers, des hérauts en costume du Moyen-Age se promenèrent par les rues, agitant des bannières où s'étalait le titre de la pièce. On pouvait donc compter sinon sur un succès du moins sur une recette.
" La salle de spectacle fut comble, en effet, mais l'Homme Noir ne réussit point ; nous croyons même qu'on n'alla pas jusqu'au dénouement ; il y eut brouhaha, cabale. M. Xavier Forneret fit imprimer son drame sous une couverture symbolique : des lettres blanches sur fond noir. Il fit mieux, il adopta le surnom de l'Homme Noir, et il signa ainsi plusieurs volumes. En même temps, il se réfugiait plus que jamais dans une existence exceptionnelle. Cette personnalité tranchée, quoique sans angles blessants, a agacé pendant près de vingt ans les habitants de Dijon et ceux de Beaune. Les gazettes locales ne purent résister à l'envie de s'égayer sur son compte, il devint l'original de la contrée, on essaya d'interpréter son isolement ; il y eut maintes fois procès et scandales. M. Xavier Forneret tint bon continuellement.
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Mention faite des excentricités diverses par lesquelles se signale la présentation de ses ouvrages (impression en très gros caractères, usage immodéré du blanc : deux ou trois lignes à la page, ou le texte seulement au recto, le mot " fin " n'interrompant pas nécessairement le cours du livre, qui peut se poursuivre par une " après-fin ", insertion, parmi d'autres, d'un poème exceptionnellement tiré en rouge, intitulation très spéciale (au demeurant presque toujours des plus heureuses), Monselet note finalement : " On est certain, de la sorte, de tomber sur un écrivain humoriste " et il ajoute: " mais là est le danger plutôt que l'appât. La France n'a jamais manqué d'écrivains humoristes mais ils y sont moins appréciés que partout ailleurs... On a beaucoup parlé des hardiesses de Petrus Borel, le lycanthrope, et des divagations de Lassailly ; elles sont toutes dépassées par M. Xavier Forneret. " Monselet, plus courageux que toute la critique de ces cent dernières années, ne craint pas d'admirer chez Forneret ce qui est admirable : " Temps perdu ". - nous-mêmes souscrivons formellement à cette opinion - renferme un chef-d'œuvre ; c'est " Le Diamant de l'Herbe ", un récit qui n'a pas plus de vingt pages. L'Etrange, le mystérieux, le doux, le terrible, ne se sont jamais mariés sous une plume avec une telle intensité. " Son auteur sous-estime donc ses moyens quand il déclare: " Tout est senti chez moi, sans jamais bien en sortir. " Tout porte à croire que Monselet a vu juste et que la postérité s'associera à son jugement : " M. Xavier Forneret s'exagère sa faiblesse ; il vaut mieux, dans ses efforts et dans ses aspirations enfiévrées, que cent écrivains dans leur stupide et sereine abondance. Il y a une nature en lui. Sous la pioche du critique qui le frappe, ce terrain inexploré laisse parfois briller un filon de pur métal. " |
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André BRETON