Entretien avec un vampire (1994)

(par la Comtesse de Sonneville)

BEBE DE MÍ Y VIVIRÁS ETERNAMENTE

"CELUI QUI BOIRA DE MON SANG AURA LA VIE ETERNELLE"

A voir aussi sur Oscurantis : le script original du film Interview with the Vampire, la lettre d'Anne Rice publiée dans le journal Variety au sujet du casting de ce film, et la biographie de cette dernière.

  RÉSUMÉ :

A San Francisco Malloy (Christian Slater), un journaliste incrédule, recueille les confidences d'un homme mystérieux, Louis (Brad Pitt), qui affirme être un vampire. Plusieurs heures durant, il va écouter le récit incroyable de sa vie : son pacte avec le vampire Lestat (Tom Cruise), son initiation, ses premières extases, l'ivresse du sang puis ses doutes, ses déchirements, sa quête illusoire de la fraternité, ses affrontements avec la secte du Théâtre des Vampires dirigée par Armand (Antonio Banderas) et l'incurable solitude qui l'accompagne depuis des siècles.

Il me tient très à cœur de parler d'un film qui m'a le plus plu et qui m'a influencé durant mon adolescence, et qui est une adaptation du premier des six volets des Chroniques des vampires, d'Anne Rice. Ce qui m'a plu c'est la vision qu'apporte l'auteur, vision différente car plus réaliste par rapport à ce que l'on a l'habitude de voir dans les autres romans traitant du vampirisme : en effet, si les vampires devaient exister c'est comme cela qu'ils pourraient être, c'est-à-dire ne craignant pas les crucifix, ne se transformant pas en chauve-souris, loups, brume ou autre je ne sais quoi. En somme plus proches de nous, plus humains. De plus, le point de vue adopté est différent des autres film traitant du vampirisme : Neil Jordan adopte le point de vue d'un vampire par rapport aux humains alors que d'habitude c'est l'inverse. Grâce à Anne Rice, nous pénétrons le monde des vampires.

I. Naissance des Chroniques des vampires :

Cette magnifique saga nous la devons à Anne Rice. Elle est née en 1941 à la Nouvelle-Orléans. On murmure que sa demeure de La Nouvelle-Orléans est hantée. On chuchote qu'elle accueille régulièrement des adorateurs de vampires. Anne Rice, 61 ans, auteur américain du best-seller Entretien avec un vampire (Pocket), connaît la force des mythes, au point de ne se laisser photographier que vêtue de noir. Le succès du film de Neil Jordan " Entretien avec un vampire ", l'a hissée au rang de grande prêtresse du roman d'épouvante. Une sorte de Stephen King au féminin, dont l'écriture sulfureuse verserait dans le baroque et le romantique. Anne Rice commence à écrire au milieu des années 70 ce qu'elle pense être une courte nouvelle sur le thème du vampirisme. C'est en 1969 qu'Anne Rice, étudiante en sciences politiques, spécialiste de Shakespeare, commence à rédiger une première version de son best-seller, en donnant aux vampires émotions et désirs d'êtres humains. Apportant un regard nouveau sur le mythe, elle nourrit ses "héros" d'une psychologie complexe, les dote de sentiments humains et révèle leur tiraillement entre leur soif de sang et leurs principes moraux. Anne Rice a bouleversé la conception que l'on avait des vampires, ceux-ci perdent beaucoup de leur aura surnaturelle pour se rapprocher des hommes. Elle est la reine du fantastique moderne qu'elle a révolutionné en lui apportant sensualité et démesure. " Le vampire est une créature mythique qui vous séduit, vous enlace et vous tue en pleine extase. Le vampirisme est une métaphore sur la dépendance et le plaisir des sens ", souligne Anne Rice. Cette popularité et le succès ont pourtant failli ne jamais avoir lieu. En effet, en 1972, sa fille, Michele, mourait d'une leucémie et Anne Rice s'abandonnait à l'alcool. Jusqu'au jour où la romancière reprenait son manuscrit et décidait de s'inspirer de sa fille pour le personnage de Claudia (Kirsten Dunst dans le film), une enfant vampire d'une intelligence et d'une beauté exceptionnelles. Le roman, publié en 1976, est le premier d'une longue saga. Anne Rice est aussi l'auteur d'une trilogie sur les sorcières (Le Lien maléfique, L'Heure des sorcières, Taltos) parue chez Robert Laffont et a publié plusieurs livres sous les pseudonymes de A. N. Roquelaure ou d'Anne Rampling. Son personnage préféré est celui du vampire Lestat, sanguinaire et impitoyable. " Il est le fantasme mâle de toute femme écrivain. "

BIBLIOGRAPHIE :

Chroniques des vampires :
Entretien avec un vampire, 1978.
Lestat le vampire, 1988.
La Reine des Damnés, 1990.
Le voleur de corps, 1994
Memnoch le démon, 1995.
Armand le vampire.
Nouveaux contes des vampires :
Pandora.
Vittorio le vampire.
Autres livres de vampires à paraître :
Merrick. (dans lequel Anne Rice fait se rencontrer 
les personnages respectifs des Chroniques des 
vampires et ceux de la saga des sorcières).
Blood and Gold.

La saga des sorcières de Mayfair :
Le Lien maléfique, 1992.
Lasher, 1993.
L'Heure des sorcières, 1994.
Taltos, 1995.
Les infortunes de la Belle au bois dormant (romans érotiques) :
L'initiation.
La punition.
La libération.
Autres romans :
La momie, 1990.
Le violon.
La voix des anges (roman historique : superbe histoire de castrats à Venise).
Le sortilège de Babylone.

Anne Rice a écrit bien d'autres romans encore. Les ouvrages ci-dessus étant les plus connus. Cependant je souhaiterai ajouter une nouvelle relativement peu connue touchant aussi au thème du vampirisme et éditée dans un ouvrage de la collection Omnibus, Vampires : Dracula et les siens :

Le Maître de Rampling Gate, 1984.

II. Du roman au film :

Convié à un mystérieux rendez-vous dans une chambre d'hôtel, Malloy, un journaliste ambitieux, se trouve confronté à un vampire en mal de confession. Celui-ci lui raconte comment il en est arrivé là. Deux siècle plus tôt, à la Nouvelle-Orléans, Louis de Pointe du Lac a vu son destin scellé par sa rencontre avec un être surgi du fond des âges, Lestat, personnage cynique et décadent. Transformé en vampire par cet être maléfique au charisme irrésistible, il poursuit une existence erratique en se nourrissant du sang de ses victimes d'un soir. Nullement satisfait par un sort funeste auquel il n'arrive pas à se résoudre, torturé par sa part d'humanité et son statut d'immortel, Louis retrouve l'espoir en la personne de Claudia, une vampirette de six ans qui lui rappelle l'enfant qu'il a perdu naguère. Mais, pour la petite fille aussi, le temps s'est arrêté. A travers le monde et le temps, ils sont condamnés à fuir. Eternellement…

" C'était impossible, il l'a fait ", serait-on tenté de s'exclamer au spectacle du film de Neil Jordan. Adapter le roman d'Anne Rice "Entretien avec un vampire" constituait une authentique gageure que seul pouvait relever l'auteur. Parce que le cinéma des vampires est éminemment connoté et que la force de cette œuvre est de l'aborder d'un point de vue différent, aux frontières du romantisme, du tragique et de l'absurde. Le choix de Neil Jordan pour assumer un tel défi sur le plan de la mise en scène s'imposait de lui-même après La compagnie des loups, le film qui l'avait révélé.

Fini les vampires aux dents longues, rien à voir avec le monstre chauve et griffu de "Nosferatu" ou l'aristocrate monolithique immortalisé par Christopher Lee. Les créatures de cet "Entretien avec un vampire" sont aussi sensuelles qu'effrayante, rongées par l'impossibilité de vieillir, d'aimer, de vivre. Pour sa première superproduction hollywoodienne, l'Irlandais Neil Jordan adapte le roman culte d'Anne Rice et tourne le dos à l'horreur traditionnelle pour construire un poème flamboyant qu'il définit comme " un road movie vampirique ". Ici, pas d'imagerie folklorique : les vampires dédaignent les gousses d'ail, se moquent des pieux et se reflètent dans les miroirs ! Revisitant ce mythe éternel, il va à l'encontre du stéréotype et adopte le point de vue d'un vampire. Enorme succès dans le monde entier, l'adaptation de "Entretien avec un vampire" s'est pourtant heurtée à d'énormes difficultés, dont celle de l'interprétation. Il restait un challenge incontournable : le casting. A la lecture du générique d'Entretien avec un vampire, une évidence s'imposait : il fallait un culot formidable pour confier au ténébreux Tom Cruise le rôle du blond Lestat et au lumineux Brad Pitt celui de Louis. Neil Jordan a osé aller contre les apparences, conclusions : son film s'en trouve singulièrement renforcé. Tom Cruise se révèle formidable de ce rôle cynique. Il assume son destin, toutes incisives dehors, développant un charisme. A ceux qui doutaient encore de son talent, parce qu'il a le mauvais goût d'être une idole, on conseillera d'admirer sa prestation, d'autant plus remarquable qu'il arbore une blondeur que d'aucuns jugeront déroutante. La composition est toutefois dans la nature même du comédien, être paradoxal et complexe qui n'est jamais autant à son aise que lorsqu'il est vraiment un autre. La preuve. Pourtant, le choix de Tom Cruise souleva un vent de panique et des réactions violentes. Anne Rice fit une énorme campagne de presse contre le choix de Tom Cruise avant d'acheter une double page dans un journal professionnel pour saluer la performance de l'acteur (une traduction de cette page est disponible ici). Métamorphosé en dandy décadent, initiateur pervers, amaigri et blond platine, il campe avec magnétisme un vampire d'anthologie. Laissant derrière lui son image de "Wonder boy", il se sort magnifiquement de ce contre-emploi vénéneux. Superbe manipulateur, il initie le jeune Louis, interprété angéliquement par Brad Pitt. Face à ce Tom Cruise si différent et pourtant si semblable, Brad Pitt investit lui aussi un créneau inédit qui dément systématiquement son physique de beau gosse à la James Dean. La tempête qui s'agite sous son crâne est admirablement exploitée par une direction d'acteurs subtile et sensible qui sait à la fois cerner l'être humain (ou inhumain) dans toute sa splendeur et le mettre en perspective dans une société qui le nie autant qu'elle le façonne. Ni bon ni méchant et pourtant à des antipodes des personnages emblématiques et contradictoires qu'il campait dans Et au milieu coule une rivière ou Kalifornia, Brad Pitt affirme ici une maturité. Il convient de préciser qu'il passe en deux heures par toute la gamme des sentiments, de la colère au désespoir et de la tendresse au dépit. L'action parcourt plusieurs continents, de 1791 à nos jours, mettant en scène divers visages du vampirisme. Car loin de s'appuyer sur une confrontation entre deux personnages, aussi forts soient-ils, Entretien avec un vampire accorde également une place de choix à des interprètes aussi différents qu'Antonio Banderas (l'un des acteurs fétiches d'Almodovar dont la carrière américaine a débuté sur les chapeaux de roue avec Philadelphia), Stephen Rea (le héros de Crying Game de Neil Jordan) et Christian Slater (qui se tire fort bien d'un rôle ingrat dans lequel il a remplacé au pied levé le regretté River Phoenix décédé peu avant le tournage). La jeune Kirsten Dunst complète ce portrait de groupe gothique en incarnant un personnage troublant, celui d'une fillette devenue femme, prisonnière de son corps d'enfant et en distillant derrière son visage d'ange démoniaque un savoureux mélange d'innocence et de perversité. Au cœur de décors sublimes signés Dante Ferretti ("le Nom de la rose"), le Mal revêt les atouts les plus attractifs, mêlant séduction et sauvagerie, mélancolie et violence. Placé sous le signe du raffinement, Jordan refuse l'outrance, lui préférant la subtilité tant pour les costumes, les maquillages que pour les effets spéciaux de Stan Winston (Terminator 2, Jurassic Park). Décors, costumes, maquillage et effets spéciaux sont en outre superbement mis en valeur par la photo du chef opérateur français Philippe Rousselot, déjà associé aux Liaisons dangereuses de Stephen Frears. Pour toutes ces raisons et grâce à une osmose technico-artistique miraculeuse, Entretien avec un vampire nous entraîne dans un périple envoûtant.

Résultat : une œuvre tragique et sulfureuse qui dévoile les ambiguïtés des créatures de l'ombre aussi séduisantes que diaboliques.

A tout cela, il faut rajouter une B.O magnifique et émouvante (musique composée par Elliot Goldenthal), complétant admirablement ce chef d'œuvre. A noter, la performance du groupe Guns n'Roses, pour leur reprise des Rolling Stones : Sympathy for The Devil.

SYMPATHY FOR THE DEVIL : 

Please allow me to introduce myself I'm a man of wealth and taste I've been around for a long, long year Stole many a man's soul and faith   And I was 'round when Jesus Christ Had his moment of doubt and pain Made damn sure that Pilate Washed his hands and sealed his fate   Please to meet you Hope you guess my name But what's puzzling you Is the nature of my game   I stuck around St. Petersberg When I saw it was a time for a change Killed the Czar and his ministers Anastasia screamed in vain   I rode a tank Held a general's rank When the Blitzkrieg raged And the bodies stank   Please to meet you Hope you guess my name, oh yeah What's puzzling you Is the nature of my game, oh yeah   I watched with glee While your kings and queens Fought for ten decades For the Gods they made   I shouted out "Who killed the Kennedys?" When after all It was you and me   Let me please introduce myself I'm a man of wealth and taste And I laid traps for troubadors Who get killed before they reached Bombay   Please to meet you Hope you guessed my name, oh yeah But what's puzzling you Is the nature of my game, oh yeah, get down, baby   Please to meet you Hope you guessed my name, oh yeah But what's confusing you Is just the nature of my game   Just as every cop is a criminal And all the sinners saints As heads is tails Just call me Lucifer 'Cause I'm in need of some restraint   So if you meet me Have some courtesy Have some sympathy, and some taste Use all your well-learned politesse Or I'll lay your soul to waste, um yeah   Please to meet you Hope you guessed my name, um yeah But what's puzzling you Is the nature of my game, um baby, get down   Woo, who Oh yeah, get on down Oh yeah Oh yeah!   Tell me baby, what's my name Tell me honey, baby guess my name Tell me baby, what's my name I tell you one time, you're to blame   Ooo, who Ooo, who Ooo, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Oh, yeah   What's my name Tell me, baby, what's my name Tell me, sweetie, what's my name Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Ooo, who, who Oh, yeah

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