Oscurantis : Tout d'abord, peux-tu te présenter et rappeler ton parcours littéraire?

Sire Cédric : Bonsoir Franck. En fait, mon parcours commence à peine. J'écris des histoires de passions et de mélancolies, à l'image des musiques, sombres et chatoyantes, que j'écoute. Mes nouvelles ont été publiées dans les pages de fanzines (MORSURE) tout d'abord, puis de revues pro (PHENIX), bien que je doute que les anciens numéros soient encore disponibles. Je peux par contre te dire que prochainement je serai au sommaire du magazine K.O.G. (L'ENCRE MONDE) distribué en kiosque, et que ce sera le plus fort tirage (70.000 ex) dont une de mes nouvelles aura bénéficié à ce jour, je suis donc aux anges. J'ai également auto-édité trois recueils, dont deux d'entre eux sont définitivement épuisés — seul MELANCHOLIA est encore disponible — mais un nouveau recueil, en collaboration avec Princess Sabra, devrait voir le jour courant 2001. Et enfin, j'ai placé deux textes dans des anthologies professionnelles: dans PREMIERES PAGES aux Editions Casteilla et dans FORCES OBSCURES N.3 aux Editions Naturellement. Je cherche actuellement un éditeur pour mon premier roman: ANGEMORT.

Osc. : Quels sont les auteurs, modernes ou classiques, qui sont pour toi «source d'inspiration»?

S. C. : Pour ce qui est de la sensibilité, Sade, Baudelaire, Lautréamont et Crowley ont eu une influence des plus marquantes sur moi… Certes, mon style est à l'inverse, moderne et épuré, mais ces artistes sont à peu près les seuls dans lesquels je puisse me reconnaître. Leur esthétique et leurs obsessions semblent si proches des miennes! Clive Barker est l'auteur moderne que je préfère, sa prose est un régal et ses intrigues jouissives à souhait. Il est le premier qui ait laissé de côté le concept manichéen de «bien» contre «mal» pour se concentrer sur la poésie de la chair et la magie du désir (HELLRAISER, BOOKS OF BLOOD). En ce qui concerne l'écriture pure, il est sans doute mon influence principale. Mon modèle.

 

Osc. : Si on devait comparer tes textes à un auteur en particulier, quel serait-il? Poppy Z. Brite...?

S. C. : C'est vrai que les écrivains qui s'habillent en noir sont rares! J'admire vraiment Poppy Z. Brite, elle est une des seules à explorer les méandres passionnels de l'espèce humaine. Dans ma nouvelle «Nocturnes» je fais même une allusion à son roman «Ames Perdues», en faisant apparaître brièvement ses personnages, mais je pense que les similitudes s'arrêtent là. Tout le génie de Brite réside, à mon sens, dans sa capacité à évoquer des personnages déviants et à effeuiller leur psychologie, l'intrigue n'ayant finalement que peu d'importance. Personnellement, je préfère privilégier les ambiances et les mouvements. Dans cette optique, je dirai que mes histoires peuvent surtout être comparées à des compositions musicales, influencées par des groupes tels que SOPOR AETERNUS, ELEND, LIMBONIC ART, OPERA IX…

Osc. : Comment définis-tu ton style littéraire? Dark, gothique...?

S. C. : Romantisme extrême…

Osc. : De quel(s) courant(s) culturel(s) te sens-tu le plus proche?

S. C. : En littérature, du Romantisme Noir et des Décadents de la fin du XIXème siècle. Musicalement, j'écoute essentiellement du gothique (LACRIMOSA) du black metal (BURZUM) et de l'électro (DIE FORM) donc je fais partie de ces fantômes mélancoliques qui s'habillent en noir et vivent dans leurs rêves parce que la réalité est laide, insensée, odieuse. Je suis également fétichiste du sang, ce qui pose parfois de légers problèmes «sociaux» mais le bonheur tient à si peu de choses… Le rêve est à portée de main pour celui qui ose ouvrir les yeux! Tant de sublimes passions à explorer! Fay ce que veulx sera le tout de la loi!

Osc. : Quel est ton avis sur la production littéraire fantastique française de ces dernières décennies?

S. C. : Je pense que Serge Brussolo a écrasé tous les autres parce qu'il est un des seuls (avec Dantec, sans doute) à faire des livres hallucinants, qui capturent toute votre attention jusqu'à la dernière goutte, vous laissant vidés, presque en manque de ses mots… Il est sans conteste le meilleur écrivain français que nous ayons actuellement. Tous les autres sont loin derrière.

Osc. : Aujourd'hui, quelles sont les difficultés majeures auxquelles peut se heurter un jeune auteur?

S. C. : Les mêmes que de tout temps: quand vous êtes débutant, personne ne vous prend au sérieux! Ou alors, personne n'essaie de comprendre votre démarche. A plus forte raison lorsqu'on sort visiblement des sentiers battus, que votre peau est trop pâle et vos vêtements trop sombres, alors que la mode est aux couleurs vénéneuses et aux jeunes gens bien dans le moule (la génération loft). Les vrais artistes, ceux qui ont des convictions fortes et qui refusent la soumission à des valeurs éphémères, forcément, on s'en méfie, on ne comprend pas pourquoi ils ne baissent pas la tête comme les autres, ce n'est pas très catholique tout ça… C'est donc à l'artiste de se battre pour se faire entendre. Il faut croire en soi. Peu à peu, faire ses preuves. En tant que lecteur, je suis d'ailleurs le premier à exiger de la qualité et je ne trouve aucune excuse à ceux qui se prétendent artistes et se permettent de mettre sur le marché des œuvres bâclées. Ce n'est pas respecter le public, et ce n'est même pas respecter son propre art! Je pense que L'ART est tout ce qui compte, et tout ce qu'un jeune artiste devrait avoir en tête. Ne jamais se satisfaire de médiocrité. Une œuvre de qualité ne passe pas inaperçue. Le métier des éditeurs n'est pas de planter des pieux dans le cœur des jeunes loups, ils attendent au contraire qu'on leur propose des œuvres abouties. Des œuvres fortes. Qui parlent d'elles-mêmes.

Osc. : Quels sont tes projets littéraires, à moyen ou long terme ?

S. C. : Ecrire des livres. Avec mon sang et mes larmes. Murmurer des songes à l'oreille des mortels.

Osc. : Merci à toi pour avoir répondu à ces quelques questions...

S. C. : Merci à toi de me permettre de m’exprimer, et de promouvoir les arts obscurs ! Bonne continuation pour ton site, tu as parfaitement réussi à obtenir une esthétique claire, simple, et pourtant soignée et attractive, bien représentative de l’univers goth ! Carpe Noctem, AMSG !

Sire Cédric, anno MMI.

 

[LE SITE OFFICIEL DE SIRE CEDRIC]