The Crow (1994)

(par la Comtesse de Sonneville)

"Selon une ancienne croyance, lorsque certaines personnes meurent, un corbeau ramène leur âme sur leur terre natale. Mais il arrive parfois que l'âme du défunt ne trouve pas le repos. Alors parfois, seulement parfois, le corbeau ramène cette âme sur Terre pour qu'elle arrange les choses."

Permettez-moi de parler de ce film qui m'a beaucoup plu et ému. Même les 2 films (The Crow : City of Angels, avec Vincent Pérez ; Crow : The Salvation, avec Eric Mabius) et la série (The Crow : Stairway To Heaven, avec Mark Dacascos) qui ont suivi, n'ont pu reproduire l'atmosphère et les émotions qui se dégagent de l'original car il faut le dire, ce ne sont que de pâles copies. The Crow est un suspense fort en émotions, en images d'une intense violence, qu'accompagne une B.O à la fois électrique et émouvante (il y a 2 CD : l'un avec divers groupes dont The Cure, Rage Against The Machine, Pantera et l'autre surtout instrumental). Mais The Crow, c'est surtout le dernier rôle de l'acteur principal, Brandon Lee, dans lequel il est mort tragiquement en plein tournage. Je souhaite à travers ce texte faire connaître ce film, ses origines (The Crow est inspiré d'une BD) à ceux qui ne l'aurait pas encore vu.

The Crow est aujourd'hui un véritable phénomène, personne ne peut le nier.

La petite bande dessinée en noir et blanc des débuts est devenue un mythe de la culture pop avec des films, une série télé, des romans, des CD, des expositions, une autre BD, et même une figurine à l'effigie de son héros. Derrière tous ces produits on trouve une légion de fans qui vivent et ne jurent que par leur héros languissant d'amour. La série fait l'objet de nombreuses rencontres, festivals et il y a pléthore de sites web dédiés au culte et à l'étude du jeune homme nommé Eric Draven, alias The Crow.

I. The Crow : naissance d'une bande dessinée :

Pour bien comprendre The Crow et la fascination qu'il exerce, il faut remonter à ses origines, c'est-à-dire à son créateur James O'Barr.

 

Le personnage créé par O'Barr est bien sûr l'alter ego de l'auteur, car si O'Barr n'a pas le don de se jouer de la mort, tous deux ont vécu les mêmes expériences douloureuses. Avant la naissance de The Crow sur le papier, O'Barr a perdu sa fiancée, tuée par un chauffard ivre. Cette tragédie l'a profondément marqué et a éclaté plus tard telle une bombe émotionnelle dans les pages de la sulfureuse BD.

O'Barr a commencé à travailler sur The Crow en 1981, alors qu'il stationnait à Berlin avec les Marines. Il était employé par l'armée comme illustrateur et dessinait des manuels de combat. Inspiré par des artistes comme le poète français Georges Bataille, les chanteurs Ian Curtis et Iggy Pop, et aussi par les livres de Lewis Carroll et d'Edgar Allan Poe, O'Barr créa le personnage The Crow, incarnation d'un pouvoir fantôme guidé par l'amour et la vengeance.

"The Crow n'exerce sa vengeance que contre ceux qui volent l'amour que nous méritons - que chacun mérite, peu importe sous quelle forme -, mais aussi contre les règles stupides, les lois dépassées et les mentalités obtuses d'une société où tout et n'importe quoi est prétexte à un procès", explique le scénariste John Shirley. "Il se dresse tel un chevalier noir, violent mais raffiné, face à la barbarie."

Avec The Crow, O'Barr a essayé de se sortir de la terrible épreuve qu'il avait subie, et a instillé dans sa saga un sens un sens de la réalité jamais égalé. The Crow témoigne que l'on peut se sortir du malheur, et parle des différentes manières de le faire. Mais ça na pas été simple. La vie n'est pas une bande dessinée ou un film et il faudra surmonter encore bien des épreuves pour mettre un terme (c'est le mot de O'Barr) à la douleur. Car pendant le processus de création, O'Barr sombrait dans une dépression de plus en plus profonde, et avait l'impression de frotter du sel sur une plaie ouverte.

A première vue, The Crow pourrait ressembler à un super-héros classique, qui clame vengeance. Mais ce serait faire preuve d'étroitesse d'esprit que de le réduire ainsi. The Crow n'est pas seulement une histoire de vengeance et encore moins une série super-héros. The Crow est viscéralement une histoire d'amour racontée dans un style gothique vigoureux, très éloigné du courant dominant de la BD.

C'est l'histoire d'un jeune homme, Eric Draven, qui a été tué avec sa fiancée à la veille de leur mariage, par un groupe de voyous sans pitié. Dans la bande dessinée et dans le film, Eric est tué pendant que Shelley est violée et tuée. Eric, rocker dans un groupe, est animé d'une passion si intense qu'il revient d'entre les morts pour se débarrasser des chaînes qui retiennent son âme immortelle. Son guide depuis la tombe est un corbeau omniprésent symbole de sa quête, sa soif de vengeance et sa haine.

The Crow erre la nuit dans les rues à la recherche de ses assassins. Un à un, il leur arrache la vie avec violence et application. Durant ces évènements, Draven, devenu The Crow, récite de sombres poèmes. Oui, on peut appeler ça vengeance, mais aussi justice. The Crow est un personnage sombre, souvent plus violent que les super-vilains "classiques", mais si empreint d'émotion que ses fans ne le lâchent plus depuis le début.

Ce n'est qu'en 1989 que Calibre Press se risque à publier le cauchemar gothique de O'Barr. Mais l'éditeur doit arrêter la série à la suite de difficultés internes, sans rapport avec le titre.

N'empêche, The Crow est entré dans la légende et fait déjà l'objet d'un culte underground. Parmi les fans, on trouve ceux qui aiment l'atmosphère noire des dessins de O'Barr, et aussi les amateurs du genre de musique auquel font référence les textes. Mais tous sont séduits par l'anti-héros solitaire et torturé, et la puissance quasi maléfique qui s'en dégage. C'est ensuite Tundra qui reprend la série et permet à O'Barr de conclure la saga commencée au début des années 80 en remodelant les épisodes publiés par Calibre en deux "graphic novels" (albums cartonnés) et en ajoutant un troisième album pour terminer la trilogie. (La nouvelle édition de la saga de O'Barr est sortie pendant que le film était en production). Peu après la sortie de la trilogie, la société Tundra a été rachetée par Kitchen Sink Press. Une fois de plus The Crow est republié dans un nouveau format : le graphic novel de 150 pages, bien connu des lecteurs.

L'œuvre de O'Barr terminée, elle a trouvé son chemin vers les rayons comics sous de nombreuses formes et inspiré de nombreux auteurs pour de nouveaux Crows. A côté de l'histoire originale, simplement intitulée The Crow, O'Barr a aussi supervisé Dead Time, écrit par John Wagner. C'est l'histoire de Joshua, un Indien d'Amérique revenu d'entre les morts guidé par un corbeau, pour venger la mort de la famille pendant la guerre de Sécession. Flesh and Bone, écrit par James Vance, raconte l'histoire d'Iris Shaw, une femme policier assassinée et revenue de l'au-delà, qui, le corbeau sur l'épaule, cherche à venger sa mort injuste. Citons également : Waking Nightmares par Christopher Golden et Philip Hestor, Wild Justice de Jerry Prosser et Charlie Adlard et City of Angels d'après le scénario de David Goyer.

II. The Crow : de la bande dessinée au film :

Devant un tel succès, il n'a pas fallu longtemps à Hollywood pour courtiser James O'Barr et The Crow. Un auteur de SF/horreur nommé John Shirley et le producteur Jeff Most ont découvert ensemble le comic. Most céda ensuite les droits à Ed Pressman, un autre producteur, à condition que Shirley écrive le scénario. Producteur indépendant et respecté avec plus de 50 films à son actif, Pressman est connu par les fans du genre pour son travail sur Conan le Barbare, Badlands, Sisters, Phantom of the Paradise et The Bad Lieutenant.

Pendant que Pressman et Most mettent en route le projet, Shirley écrit les premiers brouillons du scénario (le célèbre romancier David J. Schow se joindra à lui plus tard). Le résultat final sera le film The Crow.

Le scénario est globalement fidèle à la BD - en tout cas plus que la plupart des films tirés de comics. A la différence notable que le Tony est tout de même plus léger. Même si cela semble inconcevable à la vue du film, l'atmosphère du comic est beaucoup plus pesante encore, à l'image de la profonde dépression que traversait O'Barr. On trouve aussi des différences dans les noms des malfrats et quelques rajouts hollywoodiens inévitables.

Une fois le scénario terminé, Pressman et Most se mettent en quête d'un metteur en scène. Ils voulaient quelqu'un de jeune, capable de capter la poésie grinçante de la bande dessinée et de la rendre accessible à un public plus large. Ils trouvent le candidat idéal en la personne d'Alex Proyas, un réalisateur né en Egypte et installé en Australie qui s'est fait un nom en tournant des vidéos musicales commerciales (il a même dirigé The Cure, un des groupes fétiches de O'Barr).

Prochaine étape : le casting. Qui allait incarner The Crow ? L'acteur rêvé pour ce rôle était Brandon Lee, fils du légendaire Bruce Lee. Il correspondait parfaitement à l'image sombre du héros de O'Barr et semblait né pour jouer le rôle d'Eric Draven. Lee était déjà apparu dans un grand nombre de films, dont Rapid Fire et Showdown In Little Tokyo, mais avait refusé d'endosser le rôle de son père dans Dragon : The Bruce Lee Story. The Crow était pour Brandon l'occasion de toucher un public plus large et c'est avec enthousiasme qu'il signa son contrat.

Tous les films rencontrent des problèmes, mais The Crow a dû faire face dès le début à des retards énormes et de nombreux incidents qui ont effrayés tout le monde : en dehors du côté fantastique du scénario et de la réalisation, il y a eu autour de ce film des faits troublants qui donnent à The Crow un visage "maudit". Le premier jour du tournage, un charpentier a été gravement brûlé en construisant un décor et un agent de publicité a été blessé dans un accident de voiture, des câbles qui lâchent sans raison, des projecteurs qui tombent.... D'autres difficultés allaient tour à tour ralentir la production, puis soudain, un coup de théâtre dramatique allait brusquement arrêter le tournage. En effet, sur le tournage de The Crow, il y a eu le drame : Brandon Lee est mort, à cause d'un mauvais fonctionnement d'une arme a feu. Cet évènement s'est produit a la fin du tournage, les dernières scènes du film ont donc été tirées des chutes des premières scènes, et modifiées, pour finir la bande. Après avoir pensé a du sabotage, le mystique a pris le dessus, et le film est maintenant stigmatisé par ces évènements.

On tournait les dernières prises de vue et l'acteur Michael Massee, qui jouait le vilain Fun-Boy, tenait un fusil. Fun-Boy devait tirer sur Brandon Lee dans l'estomac alors qu'il rentrait dans son appartement. Puis ce fut l'accident. Les comptes-rendus sur ce qui s'est passé exactement seront contradictoires, mais l'issue tragique était là : Brandon Lee s'effondra dans le décor et fut conduit immédiatement à l'hôpital, où malgré les efforts des médecins, il ne put être sauvé. Sa mort fut prononcée à 13h04 le lendemain de l'accident. Il avait 28 ans.

" Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'arrive un accident ", déclara Shirley. " Du personnel non qualifié, des mesures de sécurité insuffisantes de la part de la production. Un accident stupide. Il y avait un défaut dans l'arme qui aurait dû être chargée à blanc. C'est un ensemble de circonstances malheureuses qui a causé la mort de Brandon. "

Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse concernant cet accident et de trouver cela quand même incroyable le nombre de coïncidences ou "circonstances malheureuses", comme ils disent, qui ont conduit à la mort de Brandon Lee ! Cela n'a pas paru suspect que l'arme ait été chargée avec de vraies balles et d'ailleurs qu'est-ce que ces balles faisaient sur un plateau de tournage ! Drôle de "défaut" dans l'arme ! Et comme si ces "coïncidences" ne suffisaient pas, c'est l'acteur principal qui a été tué : pourquoi lui ? On peut émettre plusieurs hypothèse quand on voit les problèmes rencontrés lors du tournage : soit The Crow ne devait pas voir le jour ou soit certaines personnes en avaient après Brandon Lee. D'ailleurs, Bruce Lee, le père de Brandon, n'est-il pas mort dans d'étranges circonstances ? Cela fait quand même beaucoup trop de hasard pour une même famille et pour que quelque chose ne soit pas derrière tout cela ! Cela me révolte, comme bien d'autres choses encore, mais surtout cela montre à quel point la débilité (pour rester polie) humaine est immense ! La parenthèse est fermée.

Le tournage était arrêté net. Toute l'équipe, acteurs et techniciens étaient sous sous le choc, traumatisés par la mort de la jeune star. Massee était si perturbé qu'il disait être incapable de reprendre le tournage, tout comme Rochelle Davis, la jeune partenaire de Lee, qui jouait Sarah. Mais les plus durement touchés étaient Jeff Imada et O'Barr lui-même, car ils se sentaient directement responsables de ce qui s'était passé. Jeff Imada était le meilleur ami de Brandon et en tant que coordinateur des cascades pour The Crow, c'est lui qui supervisait la scène fatale.

James O'Barr, de son côté, éprouvait un terrible sentiment de culpabilité car c'est lui qui avait créé le personnage responsable de la mort de Brandon Lee. Ce n'est qu'après avoir pris la décision de terminer le film que O'Barr a trouvé un sens à sa quête commencée sur le papier. Il n'avait jamais pu exorciser la douleur causée par la perte de sa fiancée, et quelque part, la mort de Brandon Lee lui a permis d'y mettre un point final. Quand il visionna le film terminé, il put enfin se laisser aller à sa peine. Puis il se rendit sur la tombe de Lee à Seattle et retrouva une sorte de paix intérieure.

On a ensuite longuement discuté de l'opportunité ou non de sortir le film, mais on a décidé que ce serait plus juste pour Lee de montrer le film plutôt que de l'archiver. Le problème, c'est qu'il restait des scènes à tourner où sa présence était indispensable. La pellicule sur laquelle figure la scène où il avait accidentellement trouvé la mort a été détruite.

Mais Hollywood ne lésine jamais sur les moyens et grâce à la magie de l'informatique, Proyas a pu créer les scènes manquantes en utilisant des bandes existantes et en les mixant à de nouvelles scènes. Au final, raccords et trucages sont invisibles. The Crow est enfin terminé.

III. The Crow : du film à la légende :

Entre temps, Paramout a dénoncé le contrat, et c'est finalement Miramax qui sera le distributeur. Après de long mois de travail, de sueur, de sang et de larmes - au sens propre comme au sens figuré - le film est sorti et remporta un vif succès critique et public. Les fans ont apprécié l'incarnation parfaite de leur héros, ainsi que la formidable bande originale. Les critiques ont non seulement loué la vision noire et personnelle de Proyas, mais ils ont aussi salué la performance de Brandon Lee, déplorant que son talent ait été fauché en pleine jeunesse.

Pour O'Barr, ce succès avait un goût amer. L'accident de Lee l'avait tant peiné qu'il a fait don de la totalité des recettes à des œuvres de charité. Pourtant, son héros a pris vie, et le monde entier l'a adopté. Le personnage de The Crow séduit car il incarne tristesse, solitude et pouvoir. Malgré la tragédie, The Crow est ressuscité.

L'idée d'une suite s'est imposée très vite, mais O'Barr ne voulait pas en entendre parler à cette époque. Il souhaitait plutôt se consacrer à d'autres aspects du mythe naissant. Parmi ses projets se trouvait une série de romans. Le premier qu'il a publié et supervisé a été Shattered Lives & Broken Dreams. L'ouvrage regroupe une série de récits et de poèmes écrits par un large panel d'auteurs, d'artistes, de rock stars et autres célébrités, parmi lesquels Ramsey Campbell, Nancy Collins, Andrew Vachss, Iggy Pop, Henry Rollins et Tim Bradstreet. C'est une collection de textes très noirs qui puisent leur inspiration dans les nombreux sujets abordés par The Crow.

Par la suite, de nombreuses autres histoires et textes s'inspireront de The Crow, dont la collection publiée par HarperCollins Publishing, qui a contribué à élargir le cercle des fans de la série. Quoth The Crow de David Bischoff raconte l'histoire de William Bessing, un homme obsédé par Edgar Allan Poe et qui découvre la force vengeresse de The Crow après le viol sauvage de sa femme et son propre assassinat. Nous connaissons tous la suite. On trouve aussi dans cette collection l'ouvrage de Chet Williamson, Clash By Night. Là, The Crow émerge des cendres d'un attentat terroriste sous les traits d'une jeune femme qui pourchassera les responsables de la mort d'enfants innocents.

La célèbre romancière d'horreur, Poppy Z. Brite, a offert un récit à la fois sombre et nerveux intitulé The Lazarus Heart. Dans sa vision de The Crow, Bright explore l'univers sado-maso de la Nouvelle Orléans et les derniers jours d'un homme accusé injustement de meurtre et condamné. C'est seulement quand la mort l'emporte qu'il peut revenir, guidé par le menaçant corbeau, pour venger sa mort et laver son nom. La dernière nouvelle sortie est The Temple Of Night de S.P Somtow [Somtow Papinian, SUCHARITKUL dit S.P., écrivain thaïlandais né en 1952. En 1984, il traite du motif du vampire avec Vampire Junction (traduit sous le même titre chez J'ai lu et disponible aussi dans la collection Omnibus, Vampires : Dracula et les siens. Vampires d'hier, d'aujourd'hui, de demain - ce volume réunit les textes fondateurs de la littérature vampirique et fait le point, à travers romans et nouvelles, parfois inédites, sur la postérité d'un mythe très ancien. Les textes ont été choisis par Roger Bozzetto et Jean Marigny. Ce dernier est l'auteur de Sang pour sang : le réveil des vampires, collection Découverte Gallimard) et du loup-garou avec Moondance, 1989 (La Dance de la lune, J'ai lu, 1997). Il a écrit deux suites à Vampire Junction, non traduites en français : Valentine (1992) et Vanitas (1995). Comme le héros d'Anne Rice, Valentine est une idole de rock, très jeune d'apparence, et qui a vécu mille vies. Comme le Weyland de Charnas, il rencontre une psychanalyste à qui il tente d'expliquer ce qu'est la réalité psychique. " Je n'ai pas d'âme, dit le héros de S.P. Somtow, je suis uniquement attiré par vos peurs, par vos terreurs intimes, c'est cela qui engendre la terrible solitude qui est la mienne, c'est cela qui me rend indestructible. "]. L'histoire se déroule dans les ruelles mal famées de Bangkok, et a pour héros un journaliste, une jeune prostituée et un serial killer qui se transforme en dieu. Le mélange hallucinatoire du mythe The Crow et de la tradition surnaturelle thaï est incomparable.

IV. The Crow : le retour :

Avec le succès du premier long métrage et les énormes recettes, Hollywood est prêt à tout pour lancer le tournage de la suite. Mais l'idée d'un nouveau film n'enthousiasme guère O'Barr. On ne sait pas très bien si c'est à cause de ce qui est arrivé sur le premier tournage, ou de son désir d'explorer de nouveaux espaces de créativité, mais il a tout fait pour arrêter le projet. Mais quand il a réalisé que le film se ferait de toute façon, avec ou sans lui, il s'est résolu à s'engager dans l'affaire, de peur que son personnage ne lui échappe.

Le second film s'appelle The Crow : City of Angels. Le metteur en scène est Tim Pope. Cette fois, O'Barr fait équipe avec le scénariste David S. Goyer, que l'on avait vu dans des films comme Blade et Dark City. Pour City of Angels, un nouveau héros de la nuit a été créé sous les traits d'un homme nommé Ashe, interprété par Vincent Perez, qui sort de la tombe pour venger son propre meurtre et celui de son fils. Pendant sa mission sanglante, Ashe, devenu The Crow, est attiré par une jeune femme, Sarah, jouée par Mia Kirshner. Sarah est la même personne qui, enfant, avait rencontré Eric Draven. A noter aussi, la présence de Iggy Pop dans le rôle du Mauvais.

City of Angels semble avoir répondu aux attentes des fans et a prouvé que le personnage The Crow pouvait s'adapter à des configurations différentes. Les atouts du film sont l'effrayante cérémonie du Jour des Morts, l'humour sombre du scénario et l'histoire émouvante d'un père défiant la mort pour l'amour de son fils.

Après la conquête du grand écran, celle du petit écran allait de soi, avec pour mission d'apporter The Crow dans les foyers américains. Ainsi est né The Crow : Stairway To Heaven, avec Mark Dacascos dans la peau du vengeur nocturne. D'une manière générale, la série télévisée respecte le concept original. Le personnage principal est un musicien nommé Eric Draven qui a été tué avec sa fiancée par une bande de criminels. La série prend la suite des évènements relatés dans le premier film : avec les pouvoirs du Corbeau, Draven aide les moins fortunés que lui.

Mais pour les fans puristes de The Crow, la série télé n'est pas totalement satisfaisante, car dans le film, une fois sa vengeance accomplie, The Crow retourne dans l'au-delà pour retrouver Shelley. Bien sûr, pour des raisons inhérentes aux séries télévisées, cet épisode est occulté.

L'irrésistible ascension de The Crow s'est poursuivie avec un troisième film intitulé Crow : The Salvation, réalisé par Bharat Nalluri. O'Barr a écrit lui-même le scénario, et on y voit l'actrice Kirsten Dunst (Entretien avec un Vampire), et Eric Mabius dans le rôle d'Alex Corvis, l'homme qui deviendra The Crow. Le héros, Corvis, a été exécuté pour la mort de sa petite amie, un crime qu'il n'a pas commis. Avec l'aide d'un mystérieux corbeau noir, il sort de sa tombe et hante les rues pour venger sa mort et laver son nom. L'originalité du film réside dans la façon de justifier les peintures qu'il porte sur son visage : lors de son exécution par la chaise électrique, on le revêt d'un masque qui fond sous le choc électrique lui recouvrant le visage et lui donnant ainsi cet aspect.

Parmi les productions les plus récentes inspirées par The Crow, on trouve notamment la dernière série de comics écrite par Jon J Muth et dessinée par plusieurs artistes. Muth a choisi de centrer son récit sur le Crow d'origine, Eric Draven, à travers lui, il explore les nombreux thèmes émotionnels de la mythologie The Crow. Les histoires sont dures et on retrouve le même univers très noir évoqué avec brio dans le premier film. C'est surtout le plus beau matériel qui ait été produit sur The Crow. Les fans devraient lui faire un bon accueil. La manne The Crow, si l'on peut employer ce terme, est comme son héros : elle renaît sans cesse de ses cendres. Avec la nouvelle série BD, des magazines, films, CD et émissions télé, McFarlane Toys a lancé la figurine. Elle représente le héros sortant de l'ombre et se dirigeant vers nous à grands pas. On retrouve de façon saisissante l'image puissante et menaçante du vengeur. Encore un gage de succès pour ce personnage sombre dont la légende ne semble pas vouloir s'éteindre de sitôt.

 

Le chemin a été long pour James O'Barr et son héros, depuis les jours terribles qui ont suivi la mort de la femme qu'il aimait et le tragique accident qui a endeuillé le premier film. A ce titre nous pouvons lui dire merci pour avoir eu le courage de créer dans le désespoir le plus sombre, et de montrer au monde que de bonnes choses peuvent surgir des larmes les plus douloureuses. Merci de ne pas avoir baissé les bras, et surtout, merci pour nous avoir offert The Crow.

Ainsi s'achève la naissance d'une légende. A ceux qui ne connaissaient pas encore ce film, j'espère avoir réussi à leur donner envie de le voir, et à ceux qui le connaissaient déjà, j'espère que cela leur a rappelé de bons souvenirs.

A toi Brandon Lee, qui a perdu la vie pour un si beau rôle : désormais la fiction a rejoint la réalité, ce rôle est à toi et personne ne pourra le jouer comme tu as su si bien le faire.

Eric Draven, The Crow, c'est toi.

[par la Comtesse de Sonneville]