Poppy Z. Brite

par elle-même

 

"Je suis née à la Nouvelle Orléans le 25 mai 1967. Mes parents étaient tout les deux du Kentucky, mais mon père avait obtenu son premier job de professeur à l’Université de la Nouvelle Orléans, dans laquelle il était professeur d’économie il y a encore peu de temps. Ma mère m’appris à lire lorsque j’avais 3 ans. Avant que je sache écrire, je racontais des histoires sur magnétophone (The Bad Mouse, disponible sur le CD édité par Gauntlet Press, en est la preuve). A l’âge de 5 ans, je faisais de petits carnets à propos des chauves-souris, tout en écrivant des histoires telles que Attack of the Mud Monster et en essayant de lire The Bell Jar.

Quand j’avais 6 ans, mes parents se sont séparés et ma mère et moi déménageâmes à Chapel Hill, en Caroline du Nord, où je devais vivre pendant 13 ans. (Mon père resta à la Nouvelle Orléans, où je vins lui rendre visite très souvent, si bien que je m’y suis toujours sentie comme chez moi). Je n’ai jamais arrêté d’écrire, mais vers l’âge de 12 ans je pensais de plus en plus à commencer à envoyer mes histoires, bien souvent sauvagement et dans des endroits inappropriés comme Redbook. A cette même époque, je fis la découverte des Beatles et de Harlan Ellison, et que je commençais à écrire pour un journal underground appelé The Glass Goblin.

J’ai vendu ma première histoire à 18 ans, j’ai donc fait l’expérience des 6 ans de rejet, ce qui est parait-il la moyenne pour les écrivains --J’ai juste commencé plus tôt et avec plus d’acharnement. Cette première vente était celle de mon histoire Optional Music for Voice and Piano (Musique en option pour voix et piano , paru en France dans le recueil Contes de la fée verte ), vendue à The Horror Show, un magazine semi professionnel basé en Californie. Dans le meilleurs des cas, The Horror Show était diffusé à environ 10000 exemplaires, mais il était largement lu et respecté par des professionnels de l’horreur --un bon endroit pour commencer. Je leur ai vendu d’autres histoires pendant les deux années qui suivirent, et en 1987, l’éditeur David B. Silva m’invita à participer à la publication de Rising Star, comprenant deux histoires et une interview de cinq nouveau écrivains d’horreur. Parmi eux figuraient mon meilleur amin Brian Hodge -- nous nous étions rencontré lors de la publication de The Horror Show.

Après la publication de Rising Stars, je reçu une lettre de Douglas E. Winter, que je connaissais alors seulement en tant que biographe de Stephen King. Il travaillait en tant que consultant de publication pour un journal d’horreur, il avait aimé mes histoires, et il se demandait si j’aimerais placer une nouvelle dans son projet : un programme d’édition d’horreur, par Walker & Company. Je commençais alors ma première année à l’Université de Caroline du Nord, et je ne m’y plaisais pas. J’ai laissé tombé l’université et commencé à travailler sur ce qui deviendrait Lost Souls (Âmes perdues).

Pendant que je travaillais sur ce roman et que j’attendais pour voir si quelqu’un pourrait l’acheter, je me lançais dans un cortège de petits boulots : streap-teaseuse, soigneuse de souris, modèle pour photographe, cuistot de second ordre... soigneuse de souris est le job que j’avais toujours demandé. En fait, j’étais larbin dans un labo de recherche contre le cancer à l'UNC, dans lequel je nourrissais et je prenais soin de centaines de souris. Je faisais ça pendant la journée, puis je revenais à la maison et écrivais à propos de Steve, des fantômes, de rien et le reste de la nuit, je me saoulais avec du vin bon marché et des liqueurs dès que j’en avais l’occasion.

Même si ce n’était pas la faute de Doug Winter’s, Lost Souls attendit sur le bureau une année avant que Walker & Company décide qu’en fait ils n’allaient pas poursuivre leur programme d’édition. A la même époque, je déménageais à Athens, en Georgie -- J’étais venu rendre visite à des amis et n’en étais pas repartie. En pensant à ma ville fictive, Missing Miles, qui se trouve en Caroline du Nord, je me rends compte qu’elle est aussi lourdement inspirée de mes journées passées à Athens. En juillet 1989, je me rendis au 40 Watt Club pour voir le groupe Government Cheese et fit la rencontre de celui qui allait devenir mon mari, Christopher DeBarr. Il dansait sauvagement en ayant retiré sa chemise, et essayait de retirer la mienne aussi. En tout cas, j’en tombais amoureuse.

Quand Lost Souls me revint, Brian Hodge proposa de l’envoyer à l’éditeur Jeanne Cavelos, qui venait d’acheter son troisième roman pour un nouveau programme d’édition qui débutait chez Dell Books. Contre toute attente, j’assistais à une convention à New York et fit la rencontre de trois écrivains que j’admirais énormément : Harlan Ellison, Dan Simmons, et Ed Bryant. Miraculeusement, ils aimairent mon travail. Encore plus miraculeusement, ils partageaient tous le même agent littéraire, et proposèrent de me présenter à lui. Plus tard dans la même semaine je déjeunais avec Richard Curtis et lui confiai le manuscrit de Lost Souls. Il appela quelques jours plus tard pou me dire qui voulait me représenter, et c’est ce qu’il fit si merveilleusement jusqu’à aujourd’hui.

En 1991, Dell acheta Lost Souls. C’était assez excitant, mais quelques mois plus tard ils décidèrent d’en faire le premier volet du programme Horror Abyss et me firent signer pour un contrat de trois livres. Lost Souls fut publié en octobre 1992, et jamais je ne reçut autant de réactions : soit les lecteurs l’adoraient, soit ils le haïssaient.

J’écrivis le second livre de mon contrat, Drawing Blood (Sang d‘encre), en seulement neuf mois. (Son titre original était Birdland, et je pense toujours à lui par ce nom, mais Dell voulait quelque-chose qui sonne d’avantage comme un "titre d’horreur". En fait, je pense à présent qu’ils voulaient faire croire aux lecteurs qu’ils allaient avoir droit à une suite de Lost Souls). Aussitôt que j’envoyais le manuscrit, Chris et moi firent nos bagages et déménagèrent pour la nouvelle Orléans. J’était finalement chez moi, et je n’y ai pas bougé depuis lors. A cette époque, je rassemblais mon premier recueil d’histoires courtes, publié sous le titre Swamp Foetus par Borderlands Press, ultérieurement réimprimé par Dell sous le nouveau titre de Wormwood.

Cela me prit deux ans pour écrire ce qui fut le troisième livre de mon contrat chez Dell, Exquisite Corpse (Corps exquis). Quand je fini par leur envoyer, Dell déclara qu’il ne pourrait pas le publier à cause de son contenu "extrême". Jeanne Cavelos avait alors quitté Dell, et je n’ai jamais reçu la moindre explication de quiconque chez Dell -- mais selon les mots de Richard Curtis, le VP "avait dû changer ses sous-vêtements après l’avoir lu".

Peu après, je reçu un message dans lequel Penguin, mon éditeur anglais, avait lui aussi refusé de publier Exquisite Corpse. Contrairement à Dell, ils eurent la décence d’offrir au moins une explication. "Je fus vraiment désolé de ne pas être en mesure de le publier", écrivit mon éditeur, "à la fois parce que j’avais apprécié le succès que nous avions eu avec vos trois premiers livres et parce que j’admire l’ambition de ces livres et ce que j’ai ressenti était un développement considérable dans vos écrit. Mais j’ai de grandes réserves quand au sujet abordé; car ce n’est pas peu dire que cette fiction contient des sujets choquants et violents, et que je me suis senti mal à l’aise dans ce mélange d’approche "journalistique" des personnages et de cette tendance à les voir comme des personnes admirables, presque comme des pseudo-vampires." (Comme Caitlin Kiernan le commentera plus tard : "Je suppose qu’il ne lui est jamais venu à l’idée que les vampires étaient eux même, par définition, des serial killers, et que dans ce cas, selon son raisonnement, il est acceptable de voir les vampires comme admirables."). Il pouvait y avoir un mauvais accueil pour ce livre, et je crains ne pouvoir honnêtement le défendre, compte tenu de mes propres réservations.

Le roman trouva enfin une maison d’édition avec Simon & Schuster aux États-Unis et Orion en Angleterre. Vers cette époque, la diva du rock Courtney Love me contacta pour me demander d’écrire sa biographie. Oui, alors même que dès le début, elle fut claire sur le fait qu’elle n’autoriserait pas officiellement le livre, c’était une idée de Courtney. Elle avait lu et aimé Lost Souls, et elle voulait une version de son histoire écrite pour contrer toutes les biographies négatives qui pourraient potentiellement être écrite. (Seulement une seule, Queen of Noise, a pour le moment été publiée. Un éditeur de la maison qui l’a publié déclara de mon manuscrit "C’est du journalisme sérieux, et ce n’est pas ce qu’on cherche.") Elle me donnerais accès aux journaux, lettres, photographies et autres supports auxquels je n’aurais jamais accès sans sa permission, et en retours, elle aurait le contrôle sur ce qui entrerait ou n’entrerait pas dans son livre. Je ne considère pas cette biographie comme faisant partie du corps réel de mon travail, mais c’est un morceau loyalement juteux et lisible parmi les épaves de la culture pop, qui a financé de nombreux voyages, de nombreuses rédactions de petites histoires et autres soins animaliers. Courtney Love : The Real Story fut publié par Simon & Shuster (USA) et Orion (Grande Bretagne) en 1996).

Mon prochain projet d’ouvrage long n’était pas non plus mon idée, mais il devait m’apporter beaucoup d’amusement. Harper Prism, une division fantasy / horreur de Harper Collins, contacta mon agent pour lui annoncer qu’ils comptaient publier une série de romans basés sur The Crow et qu’ils voulaient que j’en écrive un. Je n’étais pas très enthousiaste--j’avais apprécié le premier film, mais je n’étais pas une fan des comics de James O’Barr sur lequel il était basé. Alors je leur annonçais un prix que je pensais qu’ils n’avaient jamais rencontré. Alors que je commençais à jouer avec l’idée principale du livre, je réalisais que The Crow était à la base un simple conte de revenant -- le seul point de stipulation était que quelqu’un avait à revenir de la mort pour rétablir une terrible erreur. Mon conte emprunt d’homosexualité, de transexualité, de sadomasochisme et de torture n’était pas en phase avec les personnages de The Crow, et The Lazarus Heart était né...

Avec l’argent mis en banque grâce à ces deux livres, je pris un peu de temps pour me retirer des romans et écrire un recueil d’histoires courtes, mon premier amour. La plupart d’entre elles apparaissent dans ma seconde collection, publiée en 1998 par Gauntlet Press sous le titre Are You Loathsome Tonight ? (Self Made Man) et par Orion en 1999 sous le titre Self-Made Man. Nous avons aussi beaucoup voyagé : Italie, France, Hollande, Jamaïque, New York, San Francisco, et avec ma mère en Australie.

Fin 1998, Bill Scafer de Subterranean Press me contacta pour me demander si j’étais intéressée pour publier un chapbook -- il était en train d’en faire une série, dont un par Peter Straub. Je travaillais sur ce qui aurait alors été mon cinquième roman, et donc je répondis que je n’avais pas le temps d’écrire quelque chose d’autre, mais cela faisait longtemps que j’étais intéressée par l’idée de publier l’histoire sans titre de laquelle Lost Souls était née. Il paru en 1999 sous le titre The Seed of Lost Souls. J’ai aimé travailler avec Bill à un tel point que lorsqu’il me demanda d’écrire un nouveau livre, celui-ci, une nouvelle originale de 10 à 15 000 mots, j’acceptai. Il y avait beaucoup de choses que je n’aimais pas dans le roman sur lequel j’étais en train de travailler, et alors que j’en avais supprimé certaines parties, je décidais que cette histoire ferais une meilleure nouvelle qu’un roman. L’ouvrage en édition limitée Plastic Jesus est programmé pour mai 2000 chez Subterranean, et une édition commerciale devrait être publiée en Septembre. Inspirée par le meurtre de John Lennon et par mon obsession pour les Beatles depuis lors, ce qui choquera sans doute bon nombre de fan des Beatles, mais je n’avais absolument pas d’autre choix que l’écrire-- c’était une de ces histoires qui me tenaient à la gorge et qui n'aurait cessé de me tourmenter avant de l'avoir couchée sur le papier.

Ce qui nous amène dans le Y2k. Chris et moi vivons actuellement dans une vieille maison à la Nouvelle Orléans avec 3 chiens et 19 chats, la plupart d’entre eux viennent de la fourrière ou des rues. Nous avons aussi un serpent albinos, que nous n’aurions pas si cela ne tenait qu’à Chris. Je travaille sur un roman. Et c’est tout pour le moment".

Poppy Z. Brite

La Nouvelle Orléans, LA, Janvier 2000

 


Bibliographie :

 
-Âmes perdues [Lost Souls]
-Sang d'encre [Drawing Blood]
-Le Corps exquis [Exquisite Corpse]
-The Crow : Le coeur de Lazare [The Crow : The Lazarus Heart] 
-Contes de la fée verte [Swamp Fœtus, 1994] 
Éditions Denoël / Présence du Futur n°609, 1999
Ce recueil rassemble les textes suivants: 
- Anges 
- Conte grégorien 
- Sa bouche aura le goût de la fée verte 
- Musique en option pour voix et piano 
- Xénophobie 
- La sixième sentinelle
- Disparu
- Traces de pas dans l'eau
- Prise de tête à New-York 
- Calcutta, seigneur des nerfs 
- Paternité 
- Cendres du souvenir, poussière du désir
Ce livre est préfacé par Dan SIMMONS sous le titre "Prolégomène à toute métaphysique future 
de Poppy". (Ce recueil a remporté le Grand Prix de l'Imaginaire 1999, catégories nouvelles 
étrangères.)
 
-Self Made Man [Are You loathsome tonight ?, 1998]
Editions Au Diable Vauvert, 2001
Ce recueil rassemble les textes suivants: 
- In vermis veritas 
- Résurrection
- Délivrance, avec Christa FAUST
- Le roi des chats, avec David FERGUSON
- Self mde Man 
- La lune et le parfum des roses
- America 
- Visitation
- Plat du jour
- Le vin de l'âme
- Mussolini et le jazz de la Nouvelle-Orléans 
- Elvis : un destin grêle
Ce livre est préfacé par Peter STRAUB et suivit d'un court texte de Caitlin R. KIERNAN, 
"Avant de refermer provisoirement ce livre".
 
Bibliographie des publications américaines de Poppy Z. Brite : (les titres en gras indiquent les premières éditions) LOST SOULS, novel, Delacorte, hardcover, 1992. LOST SOULS, Dell, paperback, 1993. LOST SOULS, Penguin (UK), paperback, 1994. DRAWING BLOOD, novel, James Cahill Publishing, signed/limited edition hardcover, 1993. DRAWING BLOOD, Delacorte, hardcover, 1993. DRAWING BLOOD, Dell, paperback, 1994. DRAWING BLOOD, Penguin (UK), paperback, 1994. SWAMP FOETUS, collection d'histoires courtes, Borderlands, hardcover, illustré par Rodger Gerberding, préface de Dan Simmons, 1993. WORMWOOD (anciennement publié sous le titre SWAMP FOETUS), Dell, paperback,1994. SWAMP FOETUS, Penguin (UK), paperback, 1995. HIS MOUTH WILL TASTE OF WORMWOOD, Penguin (UK) mini-book in the "Penguin 60p" series, contains 4 stories, paperback, 1995. EXQUISITE CORPSE, novel, Orion (UK) hardcover, 1996. EXQUISITE CORPSE, Simon & Schuster, hardcover, 1996. EXQUISITE CORPSE, Scribner, trade paperback, 1996. COURTNEY LOVE: THE REAL STORY, biography, Simon & Schuster, hardcover, 1997. COURTNEY LOVE: THE REAL STORY, Orion (UK), hardcover, 1997. COURTNEY LOVE: THE REAL STORY, Orion (UK), paperback, 1998. COURTNEY LOVE: THE REAL STORY, Touchstone, trade paperback, 1999. THE LAZARUS HEART, novel, Harper Prism, trade paperback, 1998. THE LAZARUS HEART, Gauntlet Press, limited edition hardcover, illustré par J.K. Potter, postface par John Shirley, 1999. THE LAZARUS HEART, Harper, paperback, 1999. ARE YOU LOATHSOME TONIGHT?, recueil d'histoires courtes, Gauntlet Press, limited edition hardcover, illustré par J.K. Potter, préfance par Peter Straub, notes de l'histoire par P. Z. Brite, postface par Caitlin R. Kiernan, 1998. SELF-MADE MAN (anciennement publié sous le titre ARE YOU LOATHSOME TONIGHT?), Orion (UK), hardcover, 1998. SELF-MADE MAN, Orion (UK), trade paperback, 1999. THE SEED OF LOST SOULS, nouvelle (écrite en 1987-88, LOST SOULS est né à partir de cette histoire), Subterranean Press, hardcover chapbook, illustré par Dame Darcy, 1999. Incluant une préface et un essai / bilbiographie à propos des vampires par P. Z. Brite, ainsi qu'une interview de l'auteur datant de la période de publication de Lost Soul. THE SEED OF LOST SOULS, Subterranean, paperback chapbook, 1999. PLASTIC JESUS, novella, Subterranean, hardcover chapbook, illustrated by me, 2000. GUILTY BUT INSANE, essay collection, Subterranean Press, hardcover, 2001.

(traduction du site officiel de Poppy Z. Brite)